Le réalisateur de Ridicule, diffusé ce soir à 20h40 sur Arte, se souvient, non sans émotion, du formidable numéro d’acteur de Bernard Giraudeau en abbé sans scrupule. Entretien mené par Jean-Baptiste Drouet, journaliste à télé 7 jours.

Le réalisateur de Ridicule, diffusé ce soir à 20h40 sur Arte, se souvient, non sans émotion, du formidable numéro d’acteur de Bernard Giraudeau en abbé sans scrupule. Entretien mené par Jean-Baptiste Drouet, journaliste à télé 7 jours.Ce soir à 20h40, Arte diffuse le film de Patrice Leconte, Ridicule, réalisé en 1995. Le réalisateur s'est livré à notre confrère de Télé 7 jours et parle avec émotion de Bernard Giraudeau, disparu il y a quelques mois. C’est vous qui avez pensé à Bernard Giraudeau pour jouer le redoutable Abbé de Vilecourt ?Oui, car j’avais extrêmement envie de retrouver le formidable acteur des Spécialistes et de Viens chez moi, j’habite chez une copine. J’adore… Pardon, j’adorais cet homme. Quelle douleur d’en parler à l’imparfait.Vivait-t-il bien le fait d’incarner un personnage aussi détestable ?Bernard a beaucoup hésité avant d’accepter. Il me disait : "Mais cet abbé est une crapule !" Je lui ai répondu : "Oui, c’est une crapule. Mais à la fin de son parcours de brillant et charmant orateur, il va être abandonné de tous, comme un orphelin, pour un mot de trop lâché devant le roi. Tu dois alors rendre cet homme touchant et humain…" Ce challenge lui a plu. Je me souviens encore de ce plan bouleversant où Bernard Giraudeau, tout seul, les larmes aux yeux, implore les courtisans quittant la salle…Il est impressionnant dans sa tirade face à Louis XVI. Comment a-t-il préparé cette scène clé du film ?Bernard était un acteur de formation théâtrale, qui arrivait devant la caméra avec une connaissance parfaite de son texte qu’il restituait à la virgule près. Cette fameuse tirade ayant une dimension narcissique énorme, je lui ai demandé de la jouer pour lui, en se regardant, face à un miroir, en oubliant l’auditoire. Il s’est alors laissé entraîner par son texte avec une formidable verve. Quand le roi s’agace, le monde s’écroule sous ses yeux. Pour la fin de cette scène, Bernard a eu une idée géniale : il m’a suggéré que l’abbé perde une épingle de sa perruque lorsqu’il se prosterne, pour montrer sa déchéance. Ce plan est d’une cruauté rare.Bernard Giraudeau avait la réputation d’être un comédien perfectionniste. Comment s’est-il senti face à Fanny Ardant et Jean Rochefort ?Tellement bien… Vous savez, Ridicule me laissera jusqu’à mon dernier souffle le souvenir d’un tournage harmonieux où Bernard, Fanny Ardant, Jean Rochefort et Charles Berling étaient vraiment en osmose. Ils ressentaient tous un plaisir palpable d’être ensemble.Trois ans après Ridicule, Bernard Giraudeau souffre d’un cancer. Vous a-t-il parlé de sa maladie ?Non. Je suis allé le voir au théâtre alors qu’il était très atteint. Il sortait d’opérations lourdes, mais ne se plaignait pas. Face à la fatalité de sa maladie, il faisait preuve d’une dignité incroyable. Même en privé, il ne gémissait jamais. Il tenait le coup avec panache. C’est étrange : je savais qu’il allait mourir, et le matin où je l’ai appris, j’ai craqué. J’étais à mon bureau : anéanti, j’ai fondu en larmes… Ridicule, qui dénonce l’esprit de cour, n’est-il pas d’une brûlante actualité à une époque où les courtisans se bousculent autour du président de la République ?Je ne vous donne pas tort, même si je n’ai pas voulu que ce film soit une dénonciation appuyée des courtisans. Cela dit, l’esprit de cour a toujours existé autour des puissants, que ce soit avec Louis XVI, Giscard ou Mitterrand…Interview Jean-Baptiste DrouetpagebreakUn tournage chez Yves LecoqDe nombreuses séquences du film ont été tournées au château de Villiers-le-Bâcle, la propriété qu’Yves Lecoq possède dans l’Essonne. Patrice Leconte précise : "Vu les coûts prohibitifs de la location du château de Versailles, nous nous sommes rabattus sur de nombreuses demeures du XVIIIe siècle, dont celle d’Yves Lecoq. C’est un homme charmant, drôle, fou de rénovation et de décoration."