La Maison des bois - Pialat
Arte

La chaine propose gratuitement sur son site tous les épisodes de cette série réalisée par Maurice Pialat en 1971. Un choc esthétique.

Faites l’expérience et demandez à un ami cinéphile le film qu’il préfère de Maurice Pialat. S’il est comme tous les « amis cinéphiles », un peu snob, il vous répondra immanquablement : La maison des bois. Tourné au début des seventies, ce n’est pourtant pas un long-métrage mais une série en sept épisodes commandée au jeune réalisateur par l’ORTF. D’où la petite coquetterie de votre interlocuteur estimant qu’un Pialat est par définition hors format.

La maison des bois succède alors à la seule réalisation du futur auteur d’A nos amours et Sous le soleil de Satan, L’enfance nue, film de 1969 au naturalisme cru et sauvage autour d’un gamin de l’Assistance publique. Ce premier long-métrage a été un échec dans les salles mais la critique a reconnu le talent d’un futur grand, capable, à l’instar d’un François Truffaut, de filmer la jeunesse dans les yeux sans tricher. Pialat s’attèle donc à l’écriture d’une mini-série autour de la vie d’un village durant la Première Guerre Mondiale. L’action se concentre autour d’une famille d’accueil qui s’occupe de trois « petits » parisiens au tempérament tumultueux. Leurs pères sont au front, leurs mères, au travail à la capitale. La guerre, c’est bien connu, sépare ceux qui s’aiment. La maison des bois propose toute une galerie de portraits : du garde forestier, à l’instituteur (interprété par Pialat lui-même), en passant par le curé, et dessine une France rurale encore repliée sur elle-même.

Une toile impressionniste

A l’aide d’une mise en scène libre à la virtuosité brute, Pialat qui se rêvait également peintre, parvient à révéler toute la beauté de ce monde. Les paysages champêtres ressemblent ainsi à de véritables toiles impressionnistes. La maison des bois n’a toutefois rien de bucolique et distille un ton âpre, rugueux mais aussi drôle, voire potache, et émouvant. Chaque épisode s’ouvre et se referme sur une chanson écrite en 1915 par Maurice Ravel, Trois beaux oiseaux de paradis, qui devient une vraie rengaine pour le téléspectateur.

Pialat, on l’a dit, interprète ici le professeur. La séquence où il vante les mérites de la patrie devant des petites têtes blondes est sublime. "La France est ma patrie, je l’aime comme j’aime mon père et ma mère. Afin de lui prouver mon amour, je veux maintenant être un enfant laborieux et sage pour être, quand je serai grand, un bon citoyen et un brave soldat." Ce qui dans la bouche d’un cinéaste iconoclaste et rebelle ne manque pas d’ironie.

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