Collage collaborations Vincent Lindon- Stéphane Brizé
TS Productions- Michaël Crotto, Diaphana Distribution, Nord Ouest Films- Arte France Cinema, Nord Ouest Films

Alors que Ciné + Emotion diffuse à 20h50 En guerre, retour sur les fructueuses collaborations entre le cinéaste et son comédien fétiche

Mademoiselle Chambon (2009)

L’histoire : Bon père, bon fils et bon mari, un maçon heureux dans son couple croise l’institutrice de son fils et en tombe fou amoureux. Une passion partagée qui va faire fi de toute raison.

La petite histoire : Découvert en 1999 à la Quinzaine des Réalisateurs avec Le Bleu des villes, Stéphane Brizé s’est installé durablement dans le paysage cinéma français en 2005 avec le joli succès de Je ne suis pas là pour être aimé. Après un film plus expérimental, Entre adultes, il adapte ici un roman écrit par Eric Holder en 1996 avec, dans un coin de sa tête, le Sur la route de Madison de Clint Eastwood. Pour tenir le rôle du maçon, Brizé pense d’abord à Jean Reno qui va finalement préférer aller tourner Da Vinci Code. C’est alors que Philippe Lioret lui glisse le nom de Vincent Lindon qu’il vient de diriger dans Welcome. Immédiatement convaincu, Brizé l’engage et l’associe à celle qui partagea un temps sa vie : Sandrine Kiberlain. Le film réunit plus de 500 000 spectateurs et déroche le César de la meilleure adaptation. Et, au générique, Brizé remercie… Ron Howard pour lui avoir permis en engageant Jean Reno de trouver l’acteur idéal pour son maçon au grand cœur !

 

 

 

Quelques heures de printemps (2012)

L’histoire : A sa sortie de prison, un homme se voit contraint de rentrer vivre chez sa mère qui, atteinte d’un cancer incurable, a décidé de l’heure de sa mort. 

La petite histoire : C’est en tombant à la télévision sur le documentaire Le Choix de Jean que Stéphane Brizé a eu l’idée de Quelques heures de printemps, bouleversé par cette description des derniers mois de la vie d’un homme atteint d’une maladie incurable ayant choisi l’euthanasie. Et quand il écrit son scénario avec sa complice habituelle Florence Vignon, il n’a qu’un nom en tête pour incarner le personnage masculin principal : Vincent Lindon. « Comment penser à quelqu’un d’autre ? Vincent est plein d’une mélancolie qui me touche profondément et dans laquelle je projette la mienne. Nous sommes cousins. Cousins de mélancolie. Cousins de colère. Cousins de doute. Cousins d’enthousiasme. Je comprends ce qu’il ressent et il comprend ce que je ressens. Et il le traduit à l’écran avec une justesse et une puissance bouleversantes ». Cette deuxième collaboration – accompagnée par la BO de Nick Cave et Warren Ellis - marque un léger recul logique en termes d’entrées (335 821) au vu du sujet mais séduit une fois encore la critique.

La Loi du marché (2015)

L’histoire : Au bout de 20 longs mois de chômage, un quinquagénaire, père d’un adolescent handicapé, finit par retrouver du travail comme agent de sécurité dans un supermarché. Mais très vite, à devoir surveiller ses propres collègues dans la même misère économique que lui, il va se retrouver face à un dilemme moral

La petite histoire : Pour sa première oeuvre ouvertement politique, Stéphane Brizé s’associe au scénariste d’Omar m’a tuer, Olivier Gorce pour imaginer un film en immersion. En s’imposant un budget limité, en tournant avec une équipe la plus légère possible et en entourant Vincent Lindon uniquement d’acteurs non- professionnels. Et ce afin d’être le plus possible en adéquation avec le monde qu’il décrit : un individu en grande précarité confronté à la violence de notre société. C’est pour les mêmes raisons qu’il s’adjoint les services à la direction photo d’Eric Dumont, spécialisé dans le documentaire. Et qu’il n’a donné le scénario à aucun de ses interprètes, chacun découvrant le matin même ce qu’il a à jouer dans la journée. Le résultat enthousiasme le festival de Cannes où Brizé inaugure sa première sélection en compétition avant d’attirer plus d’un million de spectateurs. Quant à Vincent Lindon, jusque là vierge de toute récompense, il va cumuler le prix d’interprétation à Cannes et le César du meilleur acteur pour lequel il avait déjà été nommé cinq fois sans succès.

En guerre (2018)

L’histoire : Après avoir accepté énormément de sacrifices et malgré les bénéfices records de l’entreprise qui les emploie, les salariés de l’Usine Perrin se retrouvent violemment au chômage après la décision de la fermeture de leur site. Laurent Amédéo et les 1100 concernés dont il est le porte- parole vont tout mettre en œuvre pour empêcher cette boucherie sociale.

La petite histoire : On retrouve ici les fondamentaux de La Loi du marché. Le même désir d’un film politique, le même co-scénariste Olivier Gorce et la même volonté de confronter Vincent Lindon à des comédiens non professionnels. Mais en se concentrant sur la violence grandissante des plans sociaux, il offre cette fois- ci à son alter ego un rôle aux antipodes de leurs précédentes collaborations. Le taiseux de Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps et La Loi du marché prend cette fois- ci la parole et défend les autres en leader. La sélection cannoise d’En guerre aura moins d’impact que celle de La Loi du marché et le box- office s’en ressentira (285 274). Mais cela n’entamera en rien la force de la collaboration Lindon- Brizé dont on attend pour cette année le cinquième opus : Pour le meilleur et pour le pire. Lindon y sera le cadre d’un grand groupe industriel américain, pris entre les salariés dont il a la responsabilité et ses supérieurs hiérarchiques qui le pressurisent, alors que sa femme est sur le point de le quitter. Un autre étage de la violence sociale.