buddy cops films
DR

Retour sur les meilleurs films de duos de flics plus ou moins mal assortis. Un genre en soi depuis les années 80.

20. FLIC OU ZOMBIE (MARK GOLDBLATT, 1988)

À la toute fin des 80s, les duos de flics débordent de partout : à la télé, au ciné, dans les vidéoclubs, en bas de votre immeuble. Comment se faire remarquer au milieu d’un tel embouteillage ? On pourrait imaginer par exemple que le deuxième type soit un chien (c’est arrivé deux fois : Turner & Hooch et Chien de flic), un alien (Futur immédiat, Los Angeles 1991) ou, comme ici, un mort-vivant. Si cette toute petite série B très datée se revoit toujours avec un peu de plaisir, ce n’est pas seulement pour le regard tordant de Treat Williams en zombie ahuri ou pour ses maquillages bien dégoûtants, mais surtout parce qu’il ne trahit jamais pendant près de 90 minutes la merveilleuse idiotie de son concept initial.

19. LOOSE CANNONS (BOB CLARK, 1990)

C’est l’histoire d’un flic dur à cuire (Gene Hackman) qui ne quitte jamais son blouson de base-ball et vit dans un break familial des années 40 rempli de vieilles malles jusque sur le toit. Il rencontre un enquêteur (Dan Aykroyd) qui a la puissance de déduction de Sherlock Holmes mais possède des personnalités multiples héritées de vieux shows télé (il se prend parfois pour le capitaine Kirk ou le Lone Ranger lorsqu’il est stressé). Tous deux partent à la recherche d’une vieille sex tape dans laquelle figure Hitler et qui pourrait faire vaciller le destin politique de l’Allemagne. Ce film existe vraiment et il est parfaitement inoubliable.

18. DEUX SUPER-FLICS ! (E. B. CLUCHER, 1977)

Un barbu balourd et un matelot rusé sont enrôlés par erreur dans la police de Miami. À droite, Bud Spencer, silhouette massive, coup de poing massue et gifles sonores. À gauche, Terence Hill, yeux clairs et sourire charmeur, agilité de matou. Deux Super-flics ! est un cartoon live servi par ce duo, dernière incarnation d’une tradition italienne (le duo Franco et Ciccio et l’art des marionnettes siciliennes), qui plonge aussi ses racines dans le slapstick américain. Le meilleur film de ce tandem légendaire est bien cette version couillonne et irrésistible du buddy cop movie – avec ce qu’il faut de filles en bikini et de néonazis mis en puzzle.  

17. LES RIPOUX (CLAUDE ZIDI, 1984)

Nous sommes en 1984. Les vieux flics intraitables façon Gabin ou Ventura ont rendu leurs badges. On sait à l’époque que la police est pourrie et Zidi en fait un argument de comédie. Un jeune rookie débarque dans un commissariat et doit faire équipe avec le taulier. Il va apprendre à quoi ressemble la police de terrain. Philippe Noiret et Thierry Lhermitte sont les Laurel et Hardy d’un commissariat déglingué et forment la version franchouillarde (avec saucissons, vieilles prostituées et PMU) des duos de flics yankees. Nanar, mais culte. 

16. DEUX FLICS À CHICAGO (PETER HYAMS, 1986)

Pas très réputé chez nous, ce petit B, réalisé les doigts de pied en éventail par Peter Hyams, possède un charme réel lié à son écriture inventive (l’enterrement de la tata avec un suspect menotté dans l’assistance) et étrangement décontractée (à la moitié du film, les héros et le spectateur partent faire un break sous le soleil de Floride). Tout le monde, Billy Crystal et Gregory Hines en tête, a l’air très heureux d’être là pour délivrer quelques bonnes blagues, des mandales et séduire une jolie fille. Le buddy movie envisagé sous l’angle du petit plaisir lounge. 

15. LA MANIÈRE FORTE (JOHN BADHAM, 1991)

Une star de cinéma cherche à se réinventer et décide de suivre le quotidien d’un flic de la rue. Le duo mal assorti doit retrouver un tireur fou. Le superflic aigri et le sidekick bouffon, le méchant « cameronien » et le capitaine de police black... La Manière forte est la synthèse définitive du buddy movie 80s et hésite constamment entre un réalisme percutant (les rues crades du ghetto, l’envie de dégommer les codes du genre) et une dimension autoréférentielle qui rajoute beaucoup de fun. Un peu mou au milieu, mais parfaitement dialogué et très cool à regarder. 

14. MEN IN BLACK (BARRY SONNENFELD, 1997)

L’agent K bougon et obsessionnel (Tommy Lee Jones, granitique) et son adjoint fraîchement coopté J (Will Smith, au sommet de sa gloire) partent à la recherche d’un débile de l’espace mal dans sa peau et très dangereux. Le talent de Barry Sonnenfeld tient à son goût pour le fignolage des détails (déco, bestioles et maquillage), mais surtout à la manière dont il fait exister son duo revêche, trempant le buddy movie dans une dose de fantaisie SF et de serial rococo. À mi-chemin entre Les Mystères de l’Ouest et Chapeau Melon et bottes de cuir, K et J recyclaient les clichés du genre pour mieux s’en moquer. 

13. TANGO & CASH (ANDREY KONCHALOVSKY & ALBERT MAGNOLI, 1990)

Ayant épuisé pas moins de quatre réalisateurs, ce blockbuster carburant à l’excès (d’hormones, de punchlines, de synthés) annonçait la fin de « l’âge d’or » d’un genre condamné à devenir sa propre parodie. Idiot mais pétaradant, Tango & Cash flingue ainsi le buddy movie, deux ans avant le très intello Last Action Hero, à coups de blagues méta (« Rambo ? C’est une pédale ? », lâche un Stallone en costume Armani) et de climax outrageusement cartoon (une camionnette blindée, des Uzis dedans et des méchants tout autour). On a connu des funérailles beaucoup moins rigolotes que ça.

12. AU REVOIR, À JAMAIS (RENNY HARLIN, 1996)

Une espionne/tueuse amnésique devenue mère de famille est rattrapée par son passé. Dans la catégorie buddy movie pyrotechnique, c’est du haut de gamme. Parce que Geena Davis et Samuel Jackson forment un duo parfait, « genré » et préféministe. Parce que le personnage de Geena Davis, première spectatrice du film, promenant son regard éberlué sur ses péripéties et s’interrogeant sur le plaisir qu’elle prend à ce jeu de massacre, est hallucinant. Et parce que le script de Shane Black, en embarquant l’héroïne, ses deux personnalités et le privé à la coule dans un road-trip infernal inventait le buddy movie à trois. 

11. PIÈGE À HONG KONG (TSUI HARK, 1998)

Grand défouloir nihiliste, cette deuxième (et dernière) aventure de Tsui Hark chez les Yankees est gorgée d’une rage qui fait exploser toutes les frontières du bon goût. Le réalisateur hongkongais envisage ici les codes du buddy cop movie comme des furoncles à exhiber en gros plan : l’intrigue vrille en permanence sur elle-même, l’action y est systématiquement chaotique, le flic rigolo (Rob Schneider) jacasse jusqu’à en perdre la raison, pendant que le flic bourrin (JCVD) se fait fouetter les fesses à coups d’anguilles (d’ailleurs, il n’est même pas flic). La politique de la terre brûlée glissée dans un emballage de nanar « van-dammesque ».

10. LES ANGES GARDIENS (RICHARD RUSH, 1974)

C’est un vrai polar 70s. Deux flics veulent faire tomber un mafieux, fouillent les poubelles des truands avant de flinguer un trans dans des chiottes. C’est amer, sordide, désespéré. Mais c’est aussi un film bordélique, irrévérencieux et très marrant. Plus de dix ans avant L’Arme fatale, Richard Rush basait la rythmique de son thriller sur ses deux personnages, le grand juif incontrôlable (James Caan) et le petit Mexicain prudent et velléitaire (Alan Arkin). Le duo improbable, la violence, la comédie et le mélo qui affleurent : tout est déjà dans ce film que Shane Black et Joel Silver ont dû bien potasser.

09. LAST ACTION HERO (JOHN McTIERNAN, 1993)

Bouffé tout cru par les dinos de Spielberg à l’été 1993, ce méga blockbuster a provoqué la fin des gros bras hollywoodiens (c’est le premier bide de Schwarzie) et celui du buddy movie à la Joel Silver (qu’il passe son temps à parodier avec une férocité toujours aussi étonnante). Comment un objet aussi hargneux, méta et théorique a bien pu se glisser tranquillement dans l’industrie hollywoodienne jusqu’à devenir le film le plus cher de son époque ? C’est un mystère que même Jack Slater et ses grosses pétoires n’aurait jamais pu résoudre. 

08 L’INTROUVABLE (W.S. VAN DYKE, 1934)

Lui est un gentleman détective qui aime autant le mystère que le cognac. Elle, une mondaine qui s’ennuie. Ils sont mariés, mais constamment en train de se chamailler. Ils vont se divertir en cherchant le meurtrier d’un savant. Dashiell Hammett s’inspire de son couple avec Lilian Hellman pour écrire un roman, incarné au cinéma par le couple William Powell/Myrna Loy, plein d’humour, de charme et de sensualité. En pleine dépression, ces aventures policières apportaient une bouffée de chic et d’insouciance et posaient les fondations du buddy cop movie à venir. Quelque part entre Lubitsch et Scarface.

07. 48 HEURES (WALTER HILL, 1983)

À l’origine, le film devait être un véhicule pour Clint Eastwood et Richard Pryor. Après des années dans l’enfer du développement, c’est finalement Nick Nolte (mélange de délicatesse et de brutalité grasse) et Eddy Murphy qui passèrent ces deux journées en enfer. Produit par Joel Silver et réalisé par Walter Hill, le film marque la naissance officielle du buddy movie moderne et en fixe les codes : deux types qui se détestent sont obligés de collaborer pour une enquête dans un cadre urbain sans pitié. Hill y rajoutait sa touche perso : violente, westernienne et dynamitée par un humour sec. 

06. HOT FUZZ (EDGAR WRIGHT, 2007)

Le meilleur flic de Londres est envoyé réguler la circulation dans la campagne anglaise et trompe l’ennui en regardant des vieux buddy cop movies aux côtés d’un collègue à la bedaine proéminente. Hommage sensible, british et bucolique à un genre désespérément bourrin, yankee et urbain, Hot Fuzz est un peu plus qu’une amusante expérience menée par des Anglais complètement geeks. C’est surtout une comédie d’action qui, en faisant le contraire de tous ses modèles, leur tient la dragée haute.

05. LE DERNIER SAMARITAIN (TONY SCOTT, 1992)

Champion souterrain de ce top, le scénariste Shane Black aura écrit un cinquième des films qui le composent, c’est dire s’il aime les flingues et la camaraderie. Son style n’a jamais été aussi sophistiqué, marquant et morbide qu’ici, et aucun autre cinéaste que Tony Scott n’aura su illustrer son travail avec ce mélange parfait de frime et de mélancolie. En privé lessivé qui pionce dans sa bagnole et distribue des bourre-pifs qui tuent sur le coup, Bruce Willis y trouvait un rôle fabuleux qui prophétisait ses personnages d’Une journée en enfer et Pulp Fiction. Shane Black était aussi un champion invisible à Hollywood.

04. POLICE STORY 3 : SUPERCOP (STANLEY TONG, 1994)

Accompagné de son double féminin, Michelle Yeoh, et de son yes-man personnel, Stanley Tong, Jackie Chan fabrique en famille ce buddy movie pensé comme un passeport pour Hollywood. L’idée est simple : moins d’humour cantonais et beaucoup plus d’action pour exploser des rétines. Pas avare, la superstar réserve les plus beaux coups de tatanes à la mère Michelle, qui n’a jamais été aussi splendide qu’ici, et effectue l’une des deux ou trois cascades les plus époustouflantes de sa carrière. Ça a fait son effet : deux ans plus tard, Jackie filait à Hollywood. 

03. L’ARME FATALE (RICHARD DONNER, 1987)

Aussi violent que d’autres fleurons « silveriens » de l’époque, ce film se hisse au-dessus du lot grâce au script en or massif de Shane Black (encore lui !). Il y glisse sa vision sombre de l’Amérique et organise la rencontre entre un flic psychopathe et suicidaire et un vieil inspecteur à deux doigts de la retraite. L’idée est éculée dès la fin du film et la saga ne se relèvera jamais de l’arrivée de Joe Pesci (dans le 2) et René Russo (dans le 3)... Mais le premier Arme fatale reste un morceau de cinéma nihiliste et punk, un doigt d’honneur au système, aussi maboule et sur le rasoir que Martin Riggs.

02. UNE JOURNÉE EN ENFER (JOHN McTIERNAN, 1995)

Suivant le principe du déluge d’emmerdements maximal imaginé dans Piège de cristal, Bruce Willis affronte cette fois-ci le cynique Simon. La différence, c’est que McLane est affublé d’un comparse (Zeus/Samuel Jackson) qui injecte une bonne dose de mauvais poil et d’intelligence sauvage. Nous sommes en 1995, le néo-polar triomphe (c’est l’année de Seven et de Usual Suspects), Tarantino s’apprête à tout péter et le buddy movie jette ses derniers feux. McTiernan lui offre un enterrement de première classe, un bouquet final et, accessoirement, signe l’un des deux ou trois meilleurs films d’action des années 90 (mais cette fin foireuse !). 

01. QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT ? (ROBERT ZEMECKIS, 1988)

On l’a déjà dit : à la fin des années 80, les duos de flics débordent de partout. Pour s’extirper de la masse, Disney sort de son chapeau un pitch proprement hallucinant : dans le L.A. des années 40, un détective et un toon vont faire équipe pour débusquer un serial killer. À vrai dire, le projet, adaptation d’un bouquin vaguement culte, est dans les tuyaux du studio depuis un long moment, au moins depuis 82. Mais c’est lorsque vont se pointer trois authentiques génies que tout va vraiment se débloquer. Steven Spielberg accepte de venir produire ce prototype casse-gueule si son poulain Zemeckis se charge de la mise en scène et si l’immense Richard Williams cornaque toute la partie animée depuis son studio londonien. C’est Jeffrey Katzenberg qui entérine le deal, signe les chèques et permet l’existence d’un des plus grands duos de cinéma jamais filmés : Bob Hoskins et Roger Rabbit. Trente ans plus tard, la sidération règne toujours sur chacun de leurs plans en commun et la vélocité flashy de Roger qui se fracasse contre l’inertie grisâtre de Hoskins reste un spectacle suprême, à la fois tonique et émouvant. Après cette enquête, et malgré le triomphe absolu, le duo phare des gamins 80s ne s’est jamais reformé, ni au cinéma, ni ailleurs, confirmant l’idée initiale de Disney : ce buddy movie-là n’avait vraiment rien à voir avec tous les autres.