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La fameuse invasion des ours en Sicile

L’illustrateur italien, Lorenzo Mattotti, n’avait jusqu’ici fait qu’un petit pas dans la réalisation avec un des segments du film collectif gothique Peur(s) du noir. Il passe ici à la vitesse supérieure et signe un véritable coup de maître avec son premier long. La Fameuse Invasion des ours en Sicile est l’adaptation d’une nouvelle de Dino Buzzati, publiée en 1945. Léonce, roi des ours, au désespoir d’avoir vu son fils enlevé par des chasseurs, part le chercher chez les hommes en bas de la montagne, où les humains belliqueux vont se mettre en guerre contre les animaux pacifiques.

Sophie Benamon
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Quelle folie

Son ami depuis quinze ans, Diego Governatori consacre un documentaire à Aurélien, atteint du syndrome autistique d’Asperger. Et ce en lui donnant la parole pour qu’il raconte la rage qui l’anime, née de cette difficulté à incorporer les codes régissant les interactions sociales qui le condamne à une certaine solitude. Aurélien est volubile et Governatori capte la libération du chant de colère et d’espoir, toujours à bonne distance.

Thierry Chèze
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Chambre 212

Qui a dit que seuls les hommes étaient volages ? Dans le nouveau film de Christophe Honoré, découvert dans la section Un certain regard en mai dernier à Cannes, c’est son héroïne, Maria (Chiara Mastroianni), qui se révèle être une serial croqueuse d’hommes, seul moyen à ses yeux de faire durer son couple de 20 ans peu à peu gangrené par l’habitude. À condition bien sûr de le faire en douce.

Thierry Chèze
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La grande cavale

Dans le village de Morneville, une bande d’animaux bien dingos lutte contre un voleur de tableaux retors... Ce n’est pas grâce à son animation –un peu trop rigide et datée malgré quelques beaux effets de matière – que le film marque des points, mais grâce à son character design tout en décalage et jouant avec les clichés : un âne qui se fait passer pour un zèbre, une chatte qui se croit agent secret, un chien de garde qui n’est pas un dur, un coq qui refuse d’engrosser la basse-cour...

Sylvestre Picard
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Papicha

La résistance à l’intégrisme se niche souvent dans les contrastes. Retourner par exemple s’attabler en terrasse après les attentats de novembre 2015 pour montrer aux fanatiques que faire régner leur ordre barbare par la peur était peine perdue. Le premier long de Mounia Meddour obéit à cette même idée de lutte par un biais en apparence futile : l’organisation d’un défilé de mode dans l’Algérie des années 90 dominée par la montée en puissance des islamistes du FIS. Nedjma, la papicha (« jolie fille » en français) du film, veut vivre sa vie sans se soucier de ce ciel qui s’assombrit.

Thierry Chèze
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Pour Sama

C’est un de ces sujets qui font régulièrement la une des médias mais que le temps long du cinéma permet d’approfondir. Quelques mois après le remarquable Still Recording, Pour Sama nous plonge lui aussi à l’intérieur de la guerre civile syrienne. Et ici, « à l’intérieur » ne sont pas des vains mots. Puisque sa coréalisatrice Waad al-Kateab a filmé sa vie de résistante au régime de Bachar el-Assad mais aussi de femme amoureuse et de jeune maman tout au long du siège d’Alep, la bataille la plus sanglante de ce conflit sans fin.

Thierry Chèze
GALERIE
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On va tout péter

2017. Pendant neuf mois, en discontinu, Lech Kowalski a filmé le combat des ouvriers de GM&S pour la sauvegarde de leurs emplois. Au plus près des grévistes, lors des assemblées ou des opérations coup de poing, ce passionnant documentaire en immersion s’interroge en filigrane sur la notion de combat dans notre société de consommation qui valorise l’individu au détriment du collectif. « Est ce que les consommateurs sont prisonniers des entités qui leur fabriquent des choses ? » La réponse des ouvriers de GM&S, précurseurs des Gilets Jaunes, est clairement non.

Christophe Narbonne
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Donne-moi des ailes

Après la Sibérie de L’Odyssée sauvage ou la campagne solognaise de L’École buissonnière, Nicolas Vanier nous emmène dans les airs aux côtés des oies sauvages. Un ornithologue s’est mis en tête d’apprendre aux oies un nouvel itinéraire de migration car celui dont elles ont l’habitude les fait passer au-dessus d’endroits fréquentés par des chasseurs ou au-dessus des villes et de leurs fils électriques. L’histoire est vraie, inspirée du parcours de Christian Moullec, un scientifique qui vole avec des oiseaux en voie de disparition afin de les sauver.

Sophie Benamon
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Nos défaites

Les films tournés par des lycéens ont toujours une fraîcheur indéniable : invité l’an dernier par la ville d’Ivry-sur-Seine pour initier des jeunes au cinéma, le cinéaste Jean-Gabriel Périot (Une jeunesse allemande) leur a proposé, pour son nouveau film, de reproduire plusieurs fois de suite les scènes de classiques post-Mai 68 (La Reprise du travail aux usines Wonder de Jacques Willemont, La Chinoise de Jean-Luc Godard, Camarades de Marin Karmitz) puis de les interroger face caméra sur des termes de ces scènes : c’est quoi la lutte des classes ?

Sylvestre Picard
Soeurs d'armes (2019)
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Sœurs d'armes

Il y a ici deux histoires qui avancent en parallèle avant de se rejoindre. D’abord, le récit de Zara, une jeune Kurde qui voit son père exécuté par les djihadistes, devient l’esclave sexuelle d’un converti barbu et décide de prendre sa revanche. Puis, il y a le parcours de quelques combattantes internationales kurdes, françaises, italiennes, israéliennes et même américaines. Elles sont engagées volontaires et n’ont qu’un seul point commun : la haine du djihadiste qu’elles vont éliminer par tous les moyens (kalach, couteau, lance-roquettes ou grenade).

Gael Golhen
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Tout est possible

À quoi tient un destin ? Pour le couple formé par John et Molly Chester, il tient à leur chien, devenu persona non grata dans leur immeuble. Ils quittent alors Los Angeles, cap sur la campagne et se lancent dans le développement d’une ferme écoresponsable. Tout est possible raconte ce changement de vie de l’intérieur, puisqu’il est filmé par John Chester lui-même (réalisateur avant d’être d’agriculteur), comme une chronique de leurs aventures riches en émotions.

Thierry Chèze
Gemini Man affiche
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Gemini Man

Un train lancé à trois cent à l’heure, un sniper qui l’attend planqué dans la campagne ensoleillée : Ang Lee utilise la scène d’introduction de Gemini Man comme une porte d’entrée pour immerger son public dans son monde. Voilà le cadre, voilà les règles du jeu.

Sylvestre Picard
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Alice et le maire

Le maire socialiste de Lyon est au bout du rouleau (toute ressemblance avec Gérard Collomb...), à court d’idées neuves. Pour se relancer et stimuler ses neurones, il décide de faire appel à une jeune philosophe, étrangère aux manœuvres politiciennes et animée de ses seules idées progressistes. On sait depuis son premier long, l’excellent Le Grand Jeu, que Nicolas Pariser est passionné par la chose publique, ses arcanes, ses enjeux personnels et nationaux.

Christophe Narbonne
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Atlantique

Un premier long est souvent le rendez-vous d’un trop-plein d’envies, au cas où il n’y ait jamais de deuxième fois. Bien que récompensé du Grand Prix à Cannes cette année, le film de Mati Diop n’évite pas cet écueil. Atlantique démarre en effet comme un quasi-documentaire sur une réalité tragique : ces Africains qui quittent leurs pays sur des embarcations de fortune, voués à une mort presque certaine dans l’Atlantique en rêvant d’un monde meilleur en Europe. Parmi eux, il y a Souleiman, éperdument amoureux d’Ada, promise à un autre.

Thierry Chèze
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Bonjour le monde !

Récompensée en 2015 du Cristal de la meilleure production télé au festival d’Annecy, la série d’animation Bonjour le monde !, vue sur France 5, débarque sur grand écran. En 70 minutes, ce long métrage explore, par le biais de marionnettes en papier mâché prenant vie en stop motion, le quotidien de dix espèces animales (brochet, castor, hibou...) vivant dans le même milieu naturel, entre eaux et forêts. À destination des tout-petits, Bonjour le monde !entend sensibiliser le jeune public à la préservation de la nature et l’équilibre des écosystèmes.

Thierry Chèze
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Psychomagie, un art pour guérir

D’emblée, Alejandro Jodorowsky met les points sur les i : la « psychomagie » qu’il décrit dans ce documentaire (produit par financement participatif) n’est pas une science ni une psychiatrie, mais une méthode pour faire affronter à ses « patients » leurs traumas (familiaux, bien sûr) profondément enfouis. Sa psychomagie suit les principes de la magie sympathique : ce n’est pas la magie qui vous paye un verre en fin de soirée, mais celle qui utilise le semblable pour agir sur le semblable.

Sylvestre Picard
affiche j'irai où tu iras
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J'irai où tu iras

Pour son premier film en solo après deux coréalisations aux destins contraires (Tout ce qui brilleet Nous York), Géraldine Nakache reste sur un terrain familier et pourtant semé d’embûches : la comédie dramatique, entre rires et larmes, où tout est question de dosage. Mais elle possède le mojo pour éviter les pièges du pathos ou d’une trop grande retenue qui empêcherait l’indispensable empathie avec ses personnages. Elle sait ne jamais avoir peur des émotions, quelles qu’elles soient, et a la foi qu’elles feront mouche car mues par la sincérité de ses personnages.

Thierry Chèze
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Vous êtes jeunes, vous êtes beaux

Pour son premier film, Franchin Don a choisi de traiter d’un sujet tabou : la solitude des personnes âgées. Et a pour cela adapté À nos pères, un roman de Tarek Noui, centré autour de Lucius, un septuagénaire bien conservé qui jongle entre sa maigre retraite, sa maîtresse (Josiane Balasko) et l’avancée d’une maladie qui le consume. Pour financer sa place en maison de retraite, Lucius va participer à « des combats de vieux ». Cette histoire crue, noire, sordide même, est habitée par la silhouette grave de Gérard Darmon.

Sophie Benamon
Le regard de Charles affiche
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Le regard de Charles

Le générique de ce documentaire a de quoi intriguer : « Un film de Charles Aznavour, réalisé par Marc Di Domenico. » Une petite explication s’impose. De 1948 à 1982, Aznavour a filmé son quotidien avec une caméra offerte par Édith Piaf. Ses voyages, ses tournées, ses tournages. Ses amours, ses amis, ses emmerdes. Mais jusqu’à peu avant sa disparition, personne ne connaissait cette manne d’une richesse inouïe. Et puis un jour, le chanteur a décidé d’ouvrir cette malle aux trésors et de la confier à Di Domenico, devenu son ami au fil d’un docu télé que ce dernier tournait sur lui.

Thierry Chèze
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Chambord, le cycle éternel

Spécialiste des images animalières, Laurent Charbonnier a réalisé ce documentaire pour les 500 ans du fastueux château de Chambord : lancée en 1519 par François 1er, la construction de l’édifice s’étirera jusqu’à la fin du XVIIe siècle, sous Louis XIV. Le film raconte cette genèse chaotique et les rapports complexes qu’entretiennent les souverains (puis les présidents) avec le flamboyant Chambord, incarnation du génie français, mais trop éloigné des lieux du pouvoir central, à Paris.

Christophe Narbonne
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Viaje

Pour son premier long métrage, l’Espagnole Celia Rico Clavellino explore une relation mère-fille où l’amour contraint autant qu’il apaise. Comme toutes les jeunes filles de son âge, Léonor rêve de quitter le nid familial. Partir loin. En Angleterre. Mais elle sait que ce départ fragiliserait une mère qui n’a toujours pas fait pleinement le deuil de son mari disparu. Forcément, après avoir longtemps tu et refréné cette envie, sa concrétisation va engendrer chez cette mère une vraie souffrance, la renvoyant à la solitude qui semble désormais devoir guider sa vie.

Thierry Chèze
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Rambo : Last Blood

La dernière séquence de John Rambo (2008) était bouleversante. Le vétéran revenait à la maison familiale, sans que l’on sache très bien si ce retour était pour de vrai ou ne se déroulait que dans l’imagination de Rambo. Réel ou fantasmé, ce coming home était le parfait épilogue du film, tout comme John Rambo était le parfait épilogue d’une série envers laquelle Stallone avait des sentiments ambivalents. Plus jamais Rambo ! disait-il dans les années 90.

Sylvestre Picard
Bacurau (2019)
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Bacurau

Comme dans Aquarius, où une sexagénaire intrépide refusait de vendre son appartement chargé de souvenirs à des promoteurs immobiliers menaçants, il est question dans Bacuraude territoire et de résistance. L’action se passe dans un futur proche, « d’ici quelques années », dans le village de Bacurau, région du Nordeste au Brésil, dans un trou paumé menacé par un gang de mercenaires surarmés, qui entendent carrément rayer le village de la carte. Les habitants refusent de se résigner et préparent l’affrontement...

Frédéric Foubert
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Downton Abbey

Derrière Downton Abbey, il y a Julian Fellowes, un auteur qui sait de quoi il parle puisque, outre ses fonctions d’acteur, scénariste, producteur et réalisateur, il siège à la Chambre des lords d’où il peut observer ouvertement les joutes royales. Fellowes avait écrit il y a près de vingt ans pour Robert Altman Gosford Park matrice de Downton Abbey où il s’agissait sous la forme d’un whodunit d’explorer les relations entre maîtres et domestiques au sein d’une somptueuse propriété de la campagne anglaise.

Thomas Baurez
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Le Dindon

A priori, c’est une mécanique de précision qui rend quasi impossible toute sortie de route, dès lors qu’on en respecte les fondamentaux. Les pièces de Georges Feydeau, maître du vaudeville, se jouent depuis plus d’un siècle au théâtre, sans ne rien avoir perdu au de leur rythme, de leur énergie et de leur vis comica. Guillaume Gallienne le sait mieux que personne pour avoir incarné plus d’une centaine de fois pour la Comédie Française Monsieur de Pontagnac, le séducteur qui allume la mèche de cette grenade dégoupillée qu’est le Dindon.

Thierry Chèze
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Ne croyez surtout pas que je hurle

C’est un documentaire qui ne ressemble vraiment à aucun autre. Un monologue intérieur comme jeté à la face du monde, bouillonnant et pourtant d’une maîtrise insensée. Un film éminemment personnel et pourtant foncièrement universel. Car la dépression de son auteur est une maladie qui peut ronger chacun d’entre nous. Car ce monde agressif qui l’étouffe est aussi le nôtre.

Thierry Chèze
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Ceux qui travaillent

Franck (Olivier Gourmet, épatant) a toujours fait passer son job de cadre supérieur dans une compagnie de fret maritime avant sa famille. Sans que ni lui ni sa boîte n’aient eu à s’en plaindre. Jusqu’au jour où, confronté à une situation de crise à bord d’un cargo (la présence à bord d’un clandestin malade qui risque de mettre en quarantaine le bateau à la prochaine escale et faire perdre gros), il prend une décision qui va le faire exploser en plein vol.

Thierry Chèze
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Port Authority

C’est une histoire d’amour. Une histoire d’amour pas comme les autres, pourrait-on préciser. Mais puisque ça ne veut pas dire grand-chose, on s’en passera. Un mélodrame, c’est par essence au-dessus de tout, des conventions, des humeurs, de la morale... En cela, le long métrage de Danielle Lessovitz (son premier) pourrait paraître presque conventionnel. Soit l’histoire de Paul (Fionn Whitehead découvert dans Dunkerquede Nolan), un white boy qui tente de joindre les deux bouts à New York et se retrouve ainsi à racketter de mauvais payeurs. Paul rencontre Wye par hasard.

Thomas Baurez
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De cendres et de braises

Manon Ott a posé ses caméras aux Mureaux et nous propose le portrait d’une banlieue ouvrière en mutation. Elle y fait le lien entre la jeunesse d’hier qui brûlait les pavés en 1968 et celle d’aujourd’hui. Il y a cinquante ans, l’usine Renault-Flins employait 23 000 personnes. Aujourd’hui, l’usine automobile ne compte plus que 4 000 ouvriers, dont une bonne part d’intérimaires. Devant sa caméra, les jeunes, pour la plupart petits-enfants d’immigrés, racontent leur quotidien, coincés dans des statuts précaires qui leur interdisent toute revendication.

Sophie Benamon
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Steve Bannon, le grand manipulateur

Évidemment, le temps long du cinéma rend obsolète tout ce qui touche à la politique US rythmée par les agitations impétueuses de Donald Trump. Certes, ce documentaire centré sur son éminence grise, figure de l’ultra-droite américaine exportant son idéologie populiste en Europe, souffre de gros problèmes formels, à commencer par la sur-utilisation d’une musique totalement inutile. Et pourtant, on ne décroche pas de ce docu pour lequel Alison Klayman a suivi au plus près pendant un an cette bête curieuse et fière de l’être.

Thierry Chèze