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The Darkest

Sur un sujet approchant ceux de Midsommar et de Koko -Di Koko-Da (un couple désuni est éprouvé lors d’un séjour qui vire au cauchemar), The Darkest démontre l’incapacité récurrente des cinéastes français à jouer avec le genre. L’absence de moyens, ici patente, n’explique pas tout -l’exemple ancien de Blair Witch Project a prouvé qu’elle pouvait même être un atout. Il n’y a dans The Darkest aucun élément susceptible de provoquer le frisson.

Christophe Narbonne
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Sympathie pour le diable

Peu après Camille de Boris Lojkine, les reporters de guerre ont de nouveau les honneurs du grand écran avec ce premier long centré sur une légende du métier : Paul Marchand (Niels Schneider, remarquable) plongé dans le quotidien sanglant de la guerre en ex-Yougoslavie en 1992. Un homme intègre, engagé et cassant envers ses collègues trop prompts à se mettre en scène pour raconter l’horreur. Lui ne transige pas avec son sens du devoir.

Thierry Chèze
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Freedom

Pour son premier long, l’Australien Rodd Rathjen s’offre un double défi : un sujet imposant (l’exploitation humaine moderne) dans une culture qui n’est pas la sienne (l’action se déroule au Cambodge). Et sa réussite n’en est que plus remarquable. Freedom raconte la quête d’indépendance d’un Cambodgien de 14 ans qui, étouffant dans la rizière où il travaille avec sa famille, aspire à un autre horizon : un boulot mieux payé dans une usine en Thaïlande. Mais il ne verra jamais ce singulier eldorado. Piégé par son passeur, il est vendu comme esclave à un capitaine de chalutier.

Thierry Chèze
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Wonder Boy, Olivier Rousteing, né sous X

Directeur artistique de la maison Balmain dont chaque défilé est un événement, Olivier Rousteing est l’une des figures majeures de la mode française. Il n’a donc pas usurpé le surnom de wonder boy, qui donne son titre à ce documentaire. Mais derrière ce faste et ce glamour, Olivier Rousteing a longtemps caché une faille de plus en plus béante au fil du temps : ce petit garçon noir a été adopté par une famille bordelaise blanche à l’âge d’un mois. Et il décide, la trentaine passée, d’entreprendre les démarches pour retrouver ses parents biologiques.

Thierry Chèze
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Gloria Mundi

On peut appréhender un film de Robert Guédiguian de deux manières : soit en le rattachant d’emblée à un corpus qui voit des visages familiers évoluer depuis près de trente ans dans un même périmètre (les faubourgs de Marseille) au gré des bouleversements de la société, soit en entrant comme par effraction dans ce « petit » théâtre de la condition humaine et se sentir tout aussi à son aise. Ce cinéma-là se répond à lui-même et se régénère constamment. On avait cru néanmoins avec la crépusculaire Villa qu’une parenthèse s’était refermée.

Thomas Baurez
4 La reine des Neiges II

Il y a 6 ans, le monde a vécu à un véritable raz-de-marée : une comédie musicale digne de Broadway célébrait le girl power en animation. Depuis, les chansons de La Reine des neiges ne sont jamais sorties de la tête du public. Une suite était donc logique et espérée. Ou redoutée, c’est selon.

Sophie Benamon
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In Fabric

Après le blouson serial killer du Daim, la robe rouge meurtrière d’In Fabric. À travers l’itinéraire de ce vêtement qui finit par tuer ceux qui le portent, instrument d’un complot nébuleux ourdi par les vendeurs maléfiques d’un grand magasin (imaginez les sorcières de Suspiria au Bon Marché), l’esthète anglais Peter Strickland remet sur le métier ses obsessions fétichistes : érotomanie, couleurs primaires, révérences au giallo, personnages égarés dans un labyrinthe de sensations morbides.

Frédéric Foubert
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Temporada

On parlera de petit miracle, de ceux qui permettent de tout sublimer, de restituer chaque émotion sans avoir l’air de nous l’asséner. Temporada, ce titre exprime à lui seul une certaine langueur, un espace-temps qui s’étire. On suit ici Juliana, qui intègre une équipe d’employés au service municipal de la propreté d’une métropole brésilienne. Le job l’oblige à faire du porte-à-porte, à se retrouver face à des habitants pas toujours sympas, à observer des morceaux d’intimité qui la renvoient souvent à sa propre solitude.

Thomas Baurez
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Les Misérables

« Jusqu’ici tout va bien. Mais l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. » En 1995, La Haine se concluait par ces mots terriblement prémonitoires, dix ans avant les émeutes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil qui allaient embraser la banlieue parisienne. Ladj Ly, petit gars de Montfermeil qui y a documenté une bavure policière en 2008, a décidé à son tour de prendre les armes pour raconter « sa » banlieue.

Christophe Narbonne
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Les Misérables

« Jusqu’ici tout va bien. Mais l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. » En 1995, La Haine se concluait par ces mots terriblement prémonitoires, dix ans avant les émeutes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil qui allaient embraser la banlieue parisienne. Ladj Ly, petit gars de Montfermeil qui y a documenté une bavure policière en 2008, a décidé à son tour de prendre les armes pour raconter « sa » banlieue.

Christophe Narbonne
affiche vivre et chanter
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Vivre et chanter

Découvert lors du dernier Festival de Cannes où il était présenté à la Quinzaine des réalisateurs, ce film chinois a été un petit choc esthétique. Le cinéphile occidental habitué à arpenter le pays via les errances de Jia Zhangke ou plus récemment les plans-séquences hypnotiques de Bi Gan ou de Hu Bo, avait peut-être oublié qu’une certaine légèreté pouvait aussi surgir du cadre.

Thomas Baurez
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Anthropocène - L'époque humaine

L’image est terrible : une église est détruite par un bras mécanique surpuissant. Assiste-t-on à un acte terroriste dans une région reculée du Moyen-Orient ? Non, cela se passe en Allemagne, de nos jours, dans la plus parfaite transparence. Cette église était le dernier vestige d’un village rayé de la carte pour favoriser l’expansion d’une gigantesque mine à ciel ouvert. Ainsi va notre monde « civilisé » qui sème la graine de sa propre destruction en exploitant les ressources terrestres de façon exponentielle.

Christophe Narbonne
Terminal Sud - affiche
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Terminal Sud

Rabah Ameur-Zaïmeche a imposé son propre territoire. Wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ?, Dernier Maquis, Les Chants de Mandrin, Histoire de Judas... À chaque fois, on croit s’accrocher à une matière tangible (film historique, récit biblique, chronique sociale...), mais celle-ci se dérobe au profit d’une douce incertitude qui sait aussi se montrer brutale (violence du contemporain). Le style d’Ameur-Zaïmeche donne le vertige. Nous voici ici dans un pays non identifié, sous pression sécuritaire.

Thomas Baurez
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Les Éblouis

Traiter de la question religieuse et des dérives intégristes pour son premier long a tout du geste kamikaze. Car votre film a alors toutes les chances d’être rangé dans la catégorie société et de servir à nourrir l’infernale machine à débats des chaînes d’info plutôt que de susciter des échanges sur son contenu.

Thierry Chèze
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Knives and Skin

Pour son premier long métrage découvert récemment au festival de Deauville, Jennifer Reeder, jusqu’alors connue pour ses courts incisifs au coeur du ciné indépendant américain, propose un teen movie dépressif qui analyse les conséquences de la disparition d’une lycéenne sur une petite communauté de l’Illinois. Clairement sous influence lynchienne (jusqu’à l’excès) et proche du cinéma de Gregg Araki, Knives and Skin déroule dans une ambiance électrique et une atmosphère oppressante une galerie de personnages pathétiques et surprenants. Un peu trop, parfois.

Sophie Benamon
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Nouvelle cordée

Marie-Monique Robin met en lumière une expérimentation mise en place à Mauléon dans les Deux-Sèvres pour enrayer le chômage de longue durée. « Personne n’est inemployable », se dit un député, qui initie une loi sur les « entreprises à but d’emploi » (EBE) dont le but est d’embaucher des chômeurs. L’équation est simple : un chômeur coûte 18 000 euros par an (RSA, Pôle emploi, couverture maladie, prestations sociales...). Cette nouvelle loi permet de transférer cet argent vers l’EBE.

Alexia Couteau
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Les enfants d'Isadora

Un ballet en trois temps. Voilà comment Damien Manivel (qui fut danseur contemporain avant de devenir cinéaste) a conçu cet hommage à la mythique danseuse Isadora Duncan, dont la vie fut brisée par la mort accidentelle de ses deux enfants. Une danseuse dans un studio avec, en voix off, des extraits de la bio de Duncan. Puis, une chorégraphe qui prépare un spectacle autour d’elle avec une danseuse atteinte du syndrome de Down. Et enfin une femme noire âgée rentrant chez elle bouleversée après la découverte de ce spectacle. Le geste est poétique et gracieux.

Thierry Chèze
4 J'accuse

Où se cache Roman Polanski dans J’accuse ? Quels échos de sa propre « affaire » entend-on dans son récit de l’affaire Dreyfus ? On aimerait pouvoir regarder ce film en évitant les parallèles hasardeux, en « séparant l’homme de l’artiste » (comme on dit). Mais la tâche est rendue difficile par le dossier de presse, dans lequel Pascal Bruckner, interviewant Polanski, se permet une comparaison lamentable entre les persécutions nazies puis staliniennes subies par le cinéaste dans le passé et le « mccarthysme néo-féministe » (sic) qui le « pourchasse à travers le monde » aujourd’hui.

Frédéric Foubert
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Little Joe

Dans un laboratoire pastel, des scientifiques font pousser une fleur dont le parfum est capable de changer le comportement des gens. Et si ce changement était complètement imperceptible ? En ces temps où les expériences déprimantes de Black Mirror semblent avoir totalement contaminé la science-fiction, c’est une jolie idée, plus parano qu’on y croirait. Non, pas de possession gore, pas de pulsions sexuelles louches, pas de maladie de peau... La peur est en soi-même, et non dans l’autre, comme dans L’Invasion des profanateurs de sépulture.

Thierry Chèze
Le Mans 66 (2019)
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Le Mans 66

Il serait facile de résumer le film à son titre américain : Ford v Ferrari. Au milieu des années 60, le fabricant emblématique de l’Amérique veut se construire une crédibilité de constructeur pour enrayer la baisse de ses ventes. Henry Ford, deuxième du nom, se lance dans la course d’endurance face au champion de la catégorie, l’Italien Ferrari. Pour prouver aux automobilistes que ses voitures vont vite, il lui faut gagner des courses. Et surtout une : les mythiques 24 Heures du Mans.

Sophie Benamon
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J'aimerais qu'il reste quelque chose

Régulièrement, des enfants de victimes de la Shoah viennent apporter au mémorial de la Shoah les derniers vestiges d’une mémoire : des témoignages, des lettres, parfois même des objets. Des bénévoles sont là pour les recevoir. Ludovic Cantais filme ces moments, les entrevues fragiles entre des héritiers d’une histoire grave et des personnes chargées de les écouter. Certains récits sont bouleversants. On repense ainsi longtemps à l’homme au bateau que son père a sculpté pour lui à Drancy. D’autres traînent en longueur.

Alexia Couteau
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Le bel été

Où sommes-nous ? Sur quel territoire ? Le réel semble rattraper la fiction, ou plutôt l’enveloppe, et oblige à ne pas essayer de trancher. Ici, l’intime est un continent propre à rassembler et à marier des corps étrangers. Nous sommes à Vattetot-sur-Mer en Normandie sur les terres de Pierre Creton, plasticien et cinéaste. Des Français accueillent des migrants venus de l’autre côté de la Méditerranée via l’association Des lits solidaires. On va vivre et observer cette cohabitation le temps d’un été.

Thomas Baurez
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Noura rêve

Cinq jours. C’est le temps qui reste à Noura (Hend Sabri, magistrale) pour enfin être autorisée à vivre au grand jour son amour avec son amant. Cinq jours avant que son divorce avec Jamel, le père de ses trois enfants, en prison depuis un petit moment, ne soit officialisé. Une peccadille au regard du temps passé à se cacher, puisqu’en Tunisie l’adultère peut encore être puni d’une peine de prison de cinq ans. Mais voilà que juste avant le jour J, Jamel est libéré et vient reprendre sa place dans sa famille, avant de découvrir le pot aux roses.

Thierry Chèze
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L'âme du vin

Qu’est-ce qu’un grand cru ? La documentariste Marie-Ange Gorbanevsky s’est intéressée aux cépages de Bourgogne et nous raconte le lent travail de la vigne. Interrogeant vignerons et sommeliers, elle tente de décrire ce qui fait la réussite des crus à la renommée mondiale : romanée-conti, gevrey-chambertin, meursault... Son film se déplie lentement, trop lentement, dans une vision de la nature au fil des saisons. Certes, les cadres sont beaux. Certes, on assiste à une jolie séquence sur les vendanges sur fond de musique jazz. Mais la lassitude gagne.

Sophie Benamon
Koko-di koko-da affiche
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Koko-Di Kodo-Da

Midsommar d’Ari Aster a brutalement replacé la Suède sur la carte de l’horreur. Koko-di Koko-da part dans la même direction en envisageant la crise d’un couple comme catalyseur d’une violence extrême. Quelques mois après la mort de leur enfant, Elin et Tobias partent camper dans la forêt pour rallumer la flamme d’un amour vacillant. La première nuit sous la tente se passe sans encombre jusqu’à ce que l’aube survienne et qu’Elin quitte le nid pour aller se soulager.

Thomas Baurez
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Rendre la justice

Trop de pédagogie tue la pédagogie. Ce docu qui ambitionne de raconter la justice à travers ceux chargés de la dispenser commence par un passage en revue des différents tribunaux, de leurs fonctions précises, avant d’entrer dans le vif du sujet. Ce côté scolaire donne le la de son film. Une succession d’interviews (dont celle, passionnante, de François Molins qui éclipse les autres) qui auraient pu être montées dans un ordre différent et reliées par des plans « artistiques » de ville ou d’intérieur de palais de justice comme pour meubler le temps qui passe.

Thierry Chèze
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Prendre soin

Une équipe de soignants de malades d’Alzheimer dans une maison de retraite raconte son quotidien, sa relation aux patients, l’amour du métier... Il en résulte un documentaire parfois charmant, mais dont on a peine à percevoir le sens véritable – à part celui de donner une image positive (et, dans ce cas, méritée) des employés de maison de retraite. Quelques jolies scènes, une certaine lenteur, pas vraiment d’angle.

Sylvestre Picard
2 Et puis nous danserons

Il y a quelque chose d’assez inattaquable dans ce film découvert à la Quinzaine des réalisateurs dans lequel un jeune danseur géorgien découvre son homosexualité en tombant amoureux de son plus grand rival dans la compagnie où il évolue. Parce que Levan Akin prend la parole avec force pour dénoncer la répression dont sont victimes les homosexuels dans son pays d’origine. Ensuite, parce qu’il le fait avec une connaissance précise de ce pays qui permet non pas d’excuser mais de comprendre en profondeur le pourquoi et le comment de ce rejet violent.

Thierry Chèze
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Vitis prohibita

Connaissez-vous le clinton ? Le cépage, pas Bill. Jamais entendu parler ? Normal. Ce cépage américain, importé en France à la fin du XIXe siècle pour sa résistance au phylloxera qui décimait les vignes, a été interdit en 1935. Malgré sa commercialisation impossible, les paysans cévenols (le clinton a majoritairement été implanté sur les versants méridionaux du Massif central) ont continué à produire le vin du même nom pour leur usage personnel.

Christophe Narbonne
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J'ai perdu mon corps

En voyant J’ai perdu mon corps, on a la certitude d’assister, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons, à la naissance d’un grand cinéaste. Comme il s’agit d’un film d’animation, on ne peut s’empêcher d’instinctivement faire le rapprochement avec Les Triplettes de Belleville, qui avait, en son temps (2003), projeté Sylvain Chomet dans la lumière et sidéré les spectateurs. Il n’y a cependant pas plus opposés que Sylvain Chomet et Jérémy Clapin.

Christophe Narbonne