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Le producteur Brad Lewis était à Annecy pour présenter les premières images du film.

Depuis 2013, Warner Bros tente de réinventer sa branche animation ciné avec WAG, le Warner Animation Group, un think tank à six têtes qui a enfanté La Grande Aventure Lego. Un triomphe critique et public, pour le moment sans successeur. La marque est tellement forte que le studio a déjà officiellement dans ses cartons deux films dérivés - Lego Batman et Lego Ninjago, prévus pour 2017 - et une suite directe, calée à 2018.

Mais la nature a horreur du vide, et Hollywood encore plus. Hors de question de ne pas occuper le terrain face à Pixar et consorts en attendant le retour des petites briques jaunes. C’est là qu’entre en scène Cigognes et Compagnie, un film d’animation 3D à l’univers très éloigné de la franchise Lego, signe d’une envie de diversification chez Warner Bros. 

Attendu pour octobre prochain en France, le film de Nicholas Stoller (Nos Pires Voisins, American Trip, Sans Sarah rien ne va !) et Doug Sweetland racontera comment, pendant longtemps, les cigognes livraient les bébés. Mais désormais, elles acheminent des colis pour un géant de l'Internet. Junior, coursier star de l'entreprise, s'apprête à être promu. Sauf qu’il actionne accidentellement la Machine à Fabriquer les Bébés… qui produit une adorable petite fille, en totale infraction avec la loi. Avec l'aide de son amie Tulip, seul être humain sur le Mont Cigogne, Junior se précipite pour effectuer sa toute première livraison de bébé. Le temps presse car son patron ne tardera pas à apprendre la nouvelle… 

Lors d’une présentation dans le cadre du Festival d’Annecy, le producteur Brad Lewis a dévoilé les premières images de ce gros bébé, assez charmant visuellement. Le réalisme sobre des décors, avec un gros travail sur les lumières, tranche subtilement avec l’animation des personnages, cartoonesque à souhait. 

"C’est fou. C’est la première fois que quelqu’un va voir plus de trois minutes de ce sur quoi on travaille depuis trois ans", explique Lewis en arrivant sur scène, très à l’aise face à une salle remplie de journalistes et d’étudiants en animation. Le showman montre plusieurs extraits de Cigognes et compagnies - pas encore tous finalisés - entre deux saillies bien senties ("Un film d’animation doit être porté par la vérité intérieure du réalisateur. Et cette vérité doit parler à tout le monde").

"Par définition, l’animation est une forme d’art qui n’est pas spontanée"

Le film est se veut "familial", avec un mélange de pur comique de situation et de dialogues efficaces, pour lesquels le casting vocal mené par Andy Samberg a pu largement improviser. "Dans un long-métrage normal, la part d’improvisation se limite à une phrase à la fin d’un dialogue", assure Brad Lewis. Pas franchement la méthode de travail de Nicholas Stoller, habitué à tout changer au dernier moment sur ses tournages, en fonction du feeling du jour. 

Sa première réalisation dans l’animation ne fait pas exception et le producteur raconte comment le cinéaste a parfois jeté des lignes entières au moment de l’enregistrement. "Stressant mais excitant", résume Lewis, qui ne souhaitait de toute façon pas "devenir prévisible (…) Par définition, l’animation est une forme d’art qui n’est pas spontanée". Alors comment garder la spontanéité, dans un processus de création où tout doit être millimétré sous peine de ne pas tenir les plannings ?   

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"On a tenté une approche différente", explique celui qui a également produit Ratatouille chez la concurrence. Au lieu d’expliquer dans le détail ce qu’ils attendaient de telle ou telle scène, Lewis et Stoller ont fait dans le minimalisme pour mieux laisser leurs animateurs "boucher les trous". "J’aime le chaos", sourit le producteur, qui jure que tout artiste a besoin de liberté pour offrir le meilleur. Et d’expliquer ne pas avoir hésité à annuler une projection destinée aux pontes du studio au dernier moment, car il n’était pas satisfait du résultat. Une décision qui a donné des "sueurs froides" à ses supérieurs durant trois mois.

Les séquences s’enchaînent avec des rires francs dans le public, notamment lorsque des loups sanguinaires (doublés par le génial duo comique Key and Peele) se font plus doux que des agneaux quand l’adorable bébé lâche un rire. 

Cigognes et compagnie semble avoir réussi son objectif d’étendre le champ des possibles de l’animation ciné made in Warner. Un voyage entre terre et air, et un conte sur la famille qui n’oublie pas d’être drôle, sans pour autant viser l’hystérie de La Grande Aventure Lego. Et en termes de représentation du mythe de la cigognes dans l'animation, Disney avait placé la barre très haut avec une des plus belles séquences du studio - ever -, celle de l'arrivée des bébés animaux dans le cirque de Dumbo :

68 ans plus tard, Pixar en faisait un joli court-métrage :

Cigognes et compagnie sortira le 12 octobre 2016 en France. 

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