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A l'occasion de la sortie de la version longue du dernier volet du Hobbit, il est temps de faire le bilan.

La trilogie du Hobbit ne sera jamais au niveau de celle du Seigneur des Anneaux. Ca, c'est acté, tamponné, bien établi. L'histoire ne pouvait pas se répéter : à la légèreté incroyable et au découpage fabuleux du Seigneur version cinéma (plus courte, plus fluide, aussi beau que le bouquin) succédait, douze ans plus tard, une version hyper rallongée voire alourdie d'un bouquin d'à peine 300 pages. On le sentait venir dès le premier film en salles, et les deux suites n'ont fait que confirmer ça. Pourtant, malgré tous ses défauts, la trilogie du Hobbit version longue est bel et bien indispensable. Comment ça ? Reprenons. Or donc, aujourd'hui (19 novembre), onze mois après la sortie cinéma comme le veut la tradition, la version longue du Hobbit : La Bataille des cinq armées sort en DVD et Blu-Ray dans une édition fourrée de bonus jusqu'à la moelle. On peut enfin mettre le boîtier sur la pile du Hobbit, à côté de l'édition full size du Seigneur des Anneaux (indispensable à toute DVDthèque), allumer le lecteur, faire chauffer la tisane. Et considérer enfin dans toute sa globalité le corpus tolkiennien de Peter Jackson. Si on a du temps devant soi. Le Seigneur version longue : 12 heures 6 de film. Le Hobbit version longue : 8 heures 54. Total : 21 heures de film. Et ce sans compter les bonus (on y reviendra), mais à y réfléchir, ce n'est pas si terrible, ça correspond à une saison moyenne de série télé.

La Bataille de la violence

La version longue de La Bataille des cinq armées a beau être estampillée « tous publics » en France, on se rappellera qu'aux Etats-Unis le visa PG-13 (film déconseillé aux moins de 13 ans) a été remplacé par un tampon R (« restricted », déconseillée aux moins de 17 ans) à cause de ses scènes de violence supplémentaires. En version longue, Jackson a rajouté vingt minutes (comme les deux précédents volets) par rapport au montage cinéma. Surtout dans le dernier acte (la bataille du titre), de nombreux effets gore jaillissent à la gueule du spectateur ravi de voir ENFIN un blockbuster se lâcher et Jackson donner à sa caméra toute sa force cinétique. Notamment lors d'une poursuite en chariot rallongée hallucinante -on aurait adoré la voir au cinéma- où des trolls sont décapités dans des gerbes de sang noir par les roues dudit véhicule. Des cornacs gobelins guident des trolls de guerre aveugles grâce à des crocs de fer plantés dans leurs yeux. Et caetera. Ceux qui se plaignaient de la longueur des deux précédents films peuvent aller se rhabiller : le film est plutôt court (2h30 sans le générique rallongé qui dure, lui, pas moins de 14 minutes) et file à une vitesse dingue. Et on peut revoir toutes ses beautés, nombreuses. Le prologue avec le dragon qui ravage la ville, la folie de Thorïn, le duel final sur la glace, les funérailles finales...

Oeuvres complète, volume 3

Sans être totalement achevé (la conclusion mal foutue et les autocitations régulières de la première trilogie restent de vrais problèmes), le film est devenu définitivement le meilleur des trois. Et permet de relativiser un peu l'hubris de Jakson, qui admet avoir « bâclé » la trilogie du Hobbit (« You're going to a set and you're winging it », avoue-t-il au fin fond du commentaire audio) en réalisant les films sous pression et en ayant récupéré le bébé du réalisateur Guillermo Del Toro. En se fadant les dizaines d'heures de bonus (on en a gardé plein pour les longues soirées d'hiver), la trilogie full version des trois Hobbit peut et doit être vue comme un « Peter Jackson, œuvres complètes, volume 3 ». Une œuvre immense dont les coulisses et les notes de bas de page sont au fond autant sinon plus passionnantes que le résultat final. Les bonus durent en moyenne six heures par film, et on ne se lasse jamais de voir Weta Workshop nous causer storyboards, SFX, forges d'épées et concept arts. On replongera encore longtemps, fascinés, au cœur de ce monument.

Peter Jackson admet avoir "bâclé" la trilogie du Hobbit

Dungeonmaster

En fait, si Jackson a taillé sévèrement dans Lord of the Rings pour en tirer du cinéma pur, il s'est tout autant approprié Bilbo le Hobbit mais très différemment. En le transformant en grand champ d'expérimentation, de variations stylistiques et dramaturgiques. Peter est un dungeonmaster menant une partie de Donjons & Dragons friquée à 745 millions de dollars, étirant pour le plaisir de ses joueurs/spectateurs aussi bien d'immenses moments de baston pure qu'un banquet de Nains péteurs et chanteurs. Des fois, ça marche (la descente en tonneaux peaceful du bouquin, martialisée, changée en bataille dans La Désolation de Smaug), des fois ça rate (le story arc du Nécromancien, redondant avec La Communauté de l'anneau). Le Hobbit a beau être le Seigneur en courant alternatif, les versions longues sont bel et bien indispensables. On rêve désormais à la conclusion idéale. Jackson (actuellement au boulot sur Prisoners of the Sun, la suite du Tintin de Spielberg) pourrait pour achever son magnum opus réaliser une adaptation du Silmarillion, la théogonie posthume de J.R.R. Tolkien composée de contes épars, matière mythologique fabuleuse racontant les batailles du Premier et Second Age de la Terre du Milieu. Et on attendrait la version longue. There and back again.

La trilogie du Hobbit (Un voyage inattendu, La Désolation de Smaug, La Bataille des cinq armées) est disponible en version longue en DVD et Blu-ray chez Warner.