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Speed Racer : de Johnny Depp aux Wachowski, l'histoire d'un projet de quinze ans

Ce soir, les bolides de Speed Racer déboulent devant la caméra d'Andy et Lana Wachowski dans ce film sorti en salles en 2008. Cinq ans après mis un point final à leur trilogie culte Matrix avec les sorties à quelques mois d'intervalle de Matrix : Reloaded et Matrix Revolutions, les deux cinéastes revenaient sur le devant de la scène (ils avaient entre temps aidé au tournage de V pour Vendetta en temps que réalisateurs de seconde équipe) avec cette adaptation d'un manga de Tatsuo Yoshida adapté dans les années 60 en anime par les studios Tatsunoko.Malheureusement, en dépit d'une promotion intense et d'un budget confortable de 120 millions de dollars, Speed Racer fut un four qui marqua le début du déclin commercial des Wachowski qui ont depuis bien du mal à relever la tête de ce point de vue-là sur grand écran (en témoignent les échecs de leurs films suivants Cloud Atlas et Jupiter : le destin de l'univers). Avec seulement 93 millions de dollars de recettes et à peine 110.000 entrées en France, le film fut sérieusement éreinté par la critique à la sortie, bien qu'il fut en partie réévalué depuis.À l'époque de sa sortie, Première avait pourtant soutenu le film, écrivant à son sujet : "Ils étaient fans de la série japonaise de Tatsuo Yoshida dans leur enfance. Devenus adultes les Wachowski lui rendent hommage en live en inventant une nouvelle intrigue. A leur manière, extrêmement spectaculaire et dopée d'une étonnante esthétique de bonbonnière dont on se délecte avec gourmandise. Passé les animations du premier quart d'heure, dans lesquelles les effets de maquette sont beaucoup trop visibles, le reste du film se savoure à pleines dents, les yeux grands ouverts et sans plaisir régressif coupable. Et cela même si l'histoire est, au moins jusqu'au twist final, cousue de fil blanc".L'échec de Speed Racer mit fin à plus de quinze ans d'un développement incroyablement chaotique, au cours duquel le film connut plusieurs vies, et souvent dans les mains de grands noms hollywoodiens. Autant de rendez-vous manqués qui rendent a posteriori l'échec du film encore plus regrettable.Johnny Depp, Gus van Sant, Alfonso Cuaron : de nombreux échecsLes premières traces d'une adaptation de ce manga culte remontent en effet à septembre 1992. La Warner acquiert alors les droits d'adaptation de l'oeuvre des studios Tatsunoko et souhaitent développer le projet en collaboration avec un de leurs producteurs phares, Joel Silver. Le rôle principal de Speed Racer est casté en juin 1995 et offert à Johnny Depp. La production du film, qui doit à l'époque être réalisé par Julien Temple (Absolute Beginners, par ailleurs papa de l'actrice Juno Temple), est même prévue pour le mois d'octobre de la même année.Mais le projet connaît subitement plusieurs contretemps. Johnny Depp quitte le tournage pour raisons personnelles, suspendant la production du film. Le budget gonflant dangereusement, Temple décide de quitter le projet tandis que Johnny Depp, en guise de solidarité, décide de ne pas revenir. La Warner et Joel Silver doivent dès lors reprendre tout à partir de zéro. Si très rapidement, le nom de Gus van Sant revient dans les discussions, c'est finalement à un autre réalisateur bien connu que le projet est proposé : Alfonso Cuaron, engagé en 1997 pour relancer le film.Malheureusement, Speed Racer continue de patiner, aucunes des différentes réécritures du scénario ne parvenant à convaincre Joel Silver. Parmi les scénaristes qui se casseront les dents sur le sujet, on retrouve un jeune scénariste encore inconnu : J. J. Abrams. Alfonso Cuaron disparaît rapidement du tableau, tout comme le réalisateur de clips Hype Williams. Dix ans après les premières ébauches, Speed Racer est toujours coincé aux stands. Et lorsqu'en 2004, Vince Vaughn propose de reprendre le projet en présentant une nouvelle version plus centrée sur les personnages (il aurait incarné Racer X, frère aîné du héros, dans ce projet dont il était également co-producteur exécutif), il perd à son tour vite patience.Quinze ans de productionLa situation ne se décantera finalement qu'en octobre 2006. Joel Silver décide de reformer avec Andy et Lana Wachowski l'équipe gagnante de la trilogie Matrix, mais aussi de V pour Vendetta, qui connaît un joli succès au box-office en 2005. Également aux manettes à l'écriture du scénario, les Wachowski parviennent enfin à mettre le bolide Speed Racer dans les starting blocks, en essayant notamment d'ouvrir le film à un public plus familial.Avec l'aide du designer d'effets visuels de Matrix John Gaeta et du compositeur Michael Giacchino, les frère et sœur Wachowski entendent rendre hommage à la série des années 60 par un look résolument rétro-futuriste. Le tournage se déroule dans les studios allemands de Babelsberg à l'été 2007. La suite, tout le monde la connaît : malgré une campagne marketing appuyée, le film est un désastre commercial, sans doute trop mal compris à sa sortie.L'histoire de Speed Racer : Après la trilogie Matrix, les Wachowski sont enfin de retour à la réalisation. Adapté d'un dessin animé japonais culte, ce film d'action raconte les exploits d'un jeune pilote de course en quête de gloire. Speed Racer est diffusé ce soir à 22h20 sur Canal+Family.