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Jeff Nichols : « Je n’ai pas conçu Mud en réaction au succès de Take Shelter »

Mud par Jeff Nichols

Troisième film et troisième sans-faute pour Jeff Nichols. En convoquant Tom Sawyer et Terrence Malick, Paul Newman et la mythologie du Mississippi, le petit prodige du cinéma américain nous raconte comment il a négocié l?après-Take Shelter avec Mud.<strong>Propos recueillis par Frédéric Foubert</strong><strong>L'histoire de <em>Mud</em> :</strong>? Ellis et Neckbone, deux adolescents qui vivent à proximité du Mississippi, adorent partir à l'aventure sur le fleuve. Neckbone entraîne Ellis sur une île où il a découvert une épave échouée dans un arbre. Les garçons espèrent la remettre à l'eau pour leur propre usage. Mais le bateau est occupé par Mud, un homme mystérieux qui semble se cacher sur l'île. Les garçons sympathisent avec lui et, après avoir passé un accord, acceptent de l'aider à réparer l'esquif. Bientôt, Mud leur confie qu'il attend la visite prochaine de sa bien-aimée, Juniper. Le lendemain, Ellis et Neckbone aperçoivent la jeune femme en ville. Ils en parlent à Mud, qui les charge de lui transmettre un message... <strong>?<em>Mud</em> est diffusé ce soir? à 22h25 sur Ciné+ Émotion.</strong>

Mentors

« <em>Mud</em> est un film sur les mentors. Je n?ai pas pris cette décision de manière consciente, je m?en suis rendu compte en cours d?écriture. Ce qui m?intéressait, c?était d?expliquer qu?un mentor doit non seulement te prodiguer les conseils dont tu as besoin, mais qu?il doit aussi savoir quand sortir de ta vie, afin de te donner la possibilité d?en ouvrir un nouveau chapitre. S?il reste trop longtemps auprès de toi, tu finis par voir ses défauts, ses fêlures. Tu réalises qu?il est vulnérable et tu risques alors de perdre le respect que tu as pour lui. C?est ce que raconte mon film à travers la relation entre le jeune Ellis (Tye Sheridan) et le personnage de Mud (Matthew McConaughey). »

Tom Sawyer

« J?étais en quatrième lorsque j?ai lu <em>Les Aventures de Tom Sawyer</em> pour la première fois. Il y a dans ce livre un passage qui n?a jamais quitté mon esprit et qui, d?une certaine façon, a donné naissance à <em>Mud</em>. Tom nage jusqu?à une petite île, un banc de sable au milieu du Mississippi. Il y fait une sieste et... c?est à peu près tout ! Ce moment est difficile à décrire, mais il est magique, radieux. On ressent toute la joie et l?excitation qu?il y a à être un enfant en liberté dans la nature, entouré de cette beauté. À mon tour, j?ai eu envie d?essayer de capter l?essence de la jeunesse, ce rapport au monde très particulier qu?on a quand on est gosse. »

Amour

« Je voulais raconter ce qu?on ressent quand on a le coeur brisé pour la première fois . C?est un sentiment qui suit un cycle précis : tu tombes amoureux et c?est l?extase ; puis elle te quitte et ta vie semble foutue ; enfin, un beau jour, une fille traverse la rue et ton coeur se remet à battre, l?espoir renaît... C?est le parcours d?Ellis dans le film. J?avais 15 ans, soit un an de plus que lui, quand j?ai eu mon premier chagrin d?amour. Ça a été dur, très dur. <em>She got me good</em> ! Je ne m?en suis pas encore remis si vous voulez tout savoir. <em>(Rire.)</em> »

Intemporalité

« Pourquoi n?y a-t-il pas de téléphones portables dans mon film ? D?abord, parce que je n?aime pas ça, et surtout parce que là où on a tourné, on ne captait pas ! <em>(Rire.)</em> C?est assez fou quand on y pense : supprimez les portables et vous voilà dans un environnement intemporel. Pour autant, ce n?est pas quelque chose que je recherchais à tout prix. Quand je vais quelque part, j?essaie de transposer la réalité du lieu le plus honnêtement possible. Le motel, les maisons flottantes... Tout ce que vous voyez dans <em>Mud</em> existe réellement. Cet endroit est un peu hors du temps. »

Mississippi

« Le style de mes films est toujours déterminé par l?histoire que je raconte. Dans <em>Shotgun Stories</em>, la caméra était statique parce qu?on parlait de gens dont l?horizon était bouché. Dans <em>Take Shelter</em>, comme il était question de forces surnaturelles, il y avait beaucoup de travellings, lents et suffocants, sur le visage de Michael Shannon ? un truc que j?ai piqué au <em>Shining</em> de Kubrick. Sur <em>Mud</em>, c?est le Mississippi qui a imposé son tempo. Pour la première fois, j?ai utilisé la Steadycam. Je déteste le style filmé à l?épaule, l?image qui bouge dans tous les sens. J?avais besoin que la caméra se déplace élégamment. Parce que le Mississippi coule à un rythme majestueux et constant. C?est aussi un fleuve très sinueux. Lorsque vous naviguez dessus, vous ne savez jamais vraiment ce qui vous attend au tournant. »

Matthew McConaughey

« J?ai commencé à imaginer <em>Mud</em> vers la fin des années 90, j?étais encore en fac. À l?époque, j?avais déjà en tête Matthew McConaughey, qui commençait tout juste à jouer dans de gros films. <em>Dazed and Confused</em> avait prouvé qu?il était très drôle et <em>Lone</em> Star qu?il pouvait incarner un véritable mythe. J?adore Paul Newman et je trouve que Matthew a lui aussi ce truc unique, indéfinissable. Ils ont tous les deux une certaine aura, les spectateurs les aiment instantanément. On est attiré par eux, par leur incroyable charisme. On a envie d?être leur pote. Je voulais exploiter le côté solaire de Matthew, son statut de movie star, mais aussi son visage un peu décavé, sa dent cassée... J?aurais pu choisir un acteur à la mode, quelqu?un comme Tom Hardy, mais le film n?aurait pas été le même. J?avais envie de classicisme, et Matthew était l?homme de la situation. »

Terrence Malick

« À mes yeux, La Balade sauvage est le meilleur film jamais réalisé. Bon, disons à égalité avec Luke la main froide, de Stuart Rosenberg. Cette oeuvre de Malick m?a montré qu?on pouvait utiliser des conventions cinématographiques tout en s?en émancipant. Que ces conventions ne sont pas condamnées à devenir des clichés. La trame de <em>La Balade sauvage</em> est très ?solide?, mais le film ne s?interdit jamais la rêverie. Quant à Terrence Malick lui même, je ne l?ai rencontré qu?une fois, très brièvement, nous n?avons donc pas eu le temps d?avoir de longues conversations sur l?art, le cinéma ou la nature. En tant que cinéaste, il est désormais passé dans une autre dimension. Il a inventé son propre langage, quelque chose qui s?apparente à la peinture. Moi, j?essaie juste de raconter une bonne histoire. »

Classicisme

« Je n?ai pas conçu <em>Mud</em> en réaction au succès de <em>Take Shelter</em>, pour la simple raison que j?ai écrit les deux scénarios en parallèle. Ils font clairement partie du même monde. Mon monde à moi... Cela dit, j?avais très envie d?emprunter une autre direction, que ce soit en terme d?écriture ou de mise en scène. Parce que c?est un long métrage sur des enfants (deux ados y rencontrent un fugitif qu?ils vont aider à reconquérir la femme de sa vie), sur un fleuve, l?énergie est différente. Mon ambition était de réaliser un ?film américain classique?. Je voulais me confronter aux grandes mythologies US, à la question du classicisme. Tout simplement parce que j?adore ça. Je voulais aussi une fusillade à la fin. Très important, la fusillade ! <em>(Rire.)</em> »

Troisième film et troisième sans-faute pour Jeff Nichols. En convoquant Tom Sawyer et Terrence Malick, Paul Newman et la mythologie du Mississippi, le petit prodige du cinéma américain nous raconte comment il a négocié l’après-Take Shelter avec Mud., alors que le film est diffusé ce soir à 22h25 sur Ciné+ Émotion.