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Cette scène pivot de Flight, diffusé ce soir sur TF1, est à l'image du film de Robert Zemeckis : un grand numéro d'inventivité cinématographique.

Ce soir, Robert Zemeckis nous fait embarquer dans le vol mouvementé de Flight, sorti en 2012 et premier long-métrage du cinéaste en live-action depuis l'an 2000 et les sorties conjointes de Seul au monde et Apparences. Pour l'occasion, le cinéaste offre à Denzel Washington l'une des performances les plus intenses de sa carrière dans la peau de Whip Whitaker, un pilote d'avion qui accède à la notoriété après avoir réussi à poser miraculeusement un avion qui s'apprêtait à s'écraser, sauvant plusieurs dizaines de personnes. Une notoriété qui va cependant se retourner peu à peu contre lui alors que son passé est étalé peu à peu aux yeux du monde...

Après ses expérimentations en motion et performance capture Le Pôle Express, Beowulf et Le drôle de Noël de Scrooge, Zemeckis revenait au succès à la prise de vues réelles en signant l'un de ses films les plus dramatiques et les moins grand public. À sa sortie en salles, Première s'enthousiasmait pour ce Zemeckis nouveau, qui témoigne tout de même de nombreuses obsessions de son auteur : "Flight est non seulement un grand film de rédemption souvent déchirant, mais aussi le reflet d’une Amérique intransigeante, procédurière et bigote, dont Zemeckis s’emploie à démontrer l’hypocrisie avec un sens de la provocation réjouissant – outre cette ouverture insolente en forme de doigt d'honneur à la face des censeurs puritains, le cinéaste tape sur les extrémistes religieux et les ultralibéraux cyniques".

Impressionnant dans la peau de Whitaker, qui voit peu à peu le monde autour de lui s'effondrer et se retourner contre lui, Denzel Washington a décroché pour ce film sa sixième nomination aux Oscars, la quatrième en tant que meilleur acteur. Filmé avec un petit budget de 31 millions de dollars, Flight marqua l'un des succès commerciaux récents les plus importants de Zemeckis, en récoltant au total plus de 160 millions de dollars de recettes.

Une production inspirée d'une histoire vraie

Mais autant que pour la prestation de Denzel Washington, Flight mérite également le détour pour son sujet, un sujet en grande partie inspirée de faits réels, un événement pourtant bien plus dramatique. Le 31 janvier 2000, le vol 261 de la compagnie Alaska Airlines est victime d'une panne de vérin. Les pilotes parvinrent alors à empêcher une première fois l'accident en redressant in extremis l'appareil avant que celui ne s'écrase définitivement quelques minutes plus tard, l'accident coûtant la vie aux 83 passagers et aux cinq membres d'équipage à bord.

À cette même époque, le scénariste John Gatins connaît une expérience personnelle qui lui inspirera la séquence de crash d'avion qui referme le premier acte du film, comme il le raconte dans un article du L. A. Times en 2012. Ce jour-là, Gatims découvre qu'il voyage à côté d'un pilote de ligne en repos. Il résume alors son expérience en ces termes : "Je me faisais l'idée que les pilotes étaient des mecs prêts à prendre une balle pour m'emmener à l'aéroport JFK. Et là je me retrouvais à côté de quelqu'un qui ne pouvait clairement pas ressembler à un dieu".

Il développe alors l'histoire d'un pilote ordinaire qui se retrouve sous le feu des projecteurs après avoir accompli un sauvetage quasi héroïque. Le script n'en restera cependant à ses balbutiements que jusqu'en 2005, date à laquelle Gatins parvient à convaincre Dreamworks de produire le film, qui sera finalement récupéré par la Paramount. Après plusieurs mois de réécriture, le scénario complet du film est terminé mais se heurte pendant plusieurs années au development hell hollywoodien, particulièrement à cause de sa classification R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d'un adulte) du fait de ses séquences du nu et de consommation d'alcool et de drogue. Ce n'est finalement qu'en 2010 que le projet décolle (dans tous les sens du terme) lorsque Denzel Washington donne son accord pour interpréter le rôle-titre avant que Robert Zemeckis ne finisse à son tour par se lancer dans l'aventure.

Une mise en scène millimétrée

La scène du crash d'avion, l'un des sommets du film, se heurte pourtant rapidement à un obstacle : le budget alloué au film est particulièrement restreint pour se genre, se chiffrant autour de 30 millions de dollars. Bien loin des trois précédents films de Zemeckis, qui avaient chacun coûté au moins plus du quintuple. Malgré certains crédits d'impôts accordés sur le tournage par l'état de Géorgie, la mise en boîte d'une séquence aussi impressionnante visuellement relevait du défi technique, comme le montre ce making of vidéo retraçant la création des effets visuels particulièrement compliqués de la séquence. 

Pour mettre en boîte ce crash d'avion, Robert Zemeckis fait appel à son expérience avec l'imagerie numérique, peaufinée depuis plus d'une décennie sur ses trois films précédents, menées par Randy Thom (aux effets sonores), Dennis Leonard et Kevin Baillie (aux effets visuels, comme le montre la vidéo). Pour cela, il fait appel aux mêmes équipes que celles qui étaient à l'oeuvre sur Le Pôle Express, Beowulf et Le drôle de Noël de Scrooge, travaillant particulièrement en amont sur la modélisation préparatoire des séquences en images de synthèse.

Au total, tout en bénéficiant de plusieurs dizaines d'effets visuels variés (incrustations sur fond vert, animation en effets spéciaux, matte paintings), la scène nécessita également l'aménagement de trois cabines d'avion différentes, chacune dédiée à un type de turbulences très précis. L'une d'entre elles, permettant la rotation de la cabine à 360 degrés, était même surnommée la "rôtissoire" sur le plateau. Le résultat à l'écran, qui offre l'une des plus impressionnantes séquences d'atterrissage mouvementé du septième art, témoigne du véritable savoir-faire de Zemeckis avec le numérique, comme on a encore pu se rendre compte sur son dernier film, The Walk : rêver plus haut.

L'histoire de Flight : Whip Whitaker, pilote de ligne chevronné, réussit miraculeusement à faire atterrir son avion en catastrophe après un accident en plein ciel… L’enquête qui suit fait naître de nombreuses interrogations… Que s’est-il réellement passé à bord du vol 227 ? Salué comme un héros après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière être exposée en pleine lumière.

Flight est diffusé ce soir à 20h55 sur TF1.