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Dans l’excellent Coluche fait son cinéma, diffusée sur Paris Première cette semaine, Jérôme Wybon revient sur les rapports complexes qu’entretenait Coluche avec le septième art.

Son premier amour

« Pour moi, le cinéma c’est mon but depuis toujours. J’ai l’intention d’être réalisateur de cinoche ». Cette sentence définitive, qui ouvre le documentaire, Coluche l’a prononcée au milieu des années 70 dans son éternelle salopette de clown qui l’a rendu célèbre. À l’époque, l’humoriste n’a pas encore prouvé grand-chose à l’écran en dépit d’un second rôle dans Le Pistonné, le film de Claude Berri avec Guy Bedos en vedette, sorti en 1970. Accaparé par le café-théâtre (il fait partie avec Patrick Dewaere et Miou-Miou de la grande aventure du Café de la Gare de Romain Bouteille) et par le one-man-show (il crée son personnage de beauf haineux en 1974), Coluche ne réalisera finalement qu’un film : sa parodie médiévale, Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, sera un bide cruel en 1977. Sa carrière de réalisateur est mort-née.

Hommage à Coluche ce soir : le programme

Acteur bankable

Meurtri par l’échec de son film, Coluche ne tourne plus rien pendant trois ans. Il revient à l’écran avec Inspecteur la Bavure de Claude Zidi, l’un de ses réalisateurs fétiches qui lui a offert son premier grand rôle en 1976 dans L’Aile ou la Cuisse auprès de Louis de Funès. Ce dernier, qui avait l’œil, avait dit à l’époque à propos de Coluche qu’il avait le potentiel d’un « futur très grand numéro 1 ».  Il avait vu juste. Le carton d’Inspecteur la Bavure (plus de 3,5 millions de spectateurs) inaugure une série de succès incroyable : sur la douzaine de films qui suit, la très grande majorité dépasse la barre du million d’entrées. Dans le tas, aucun chef d’œuvre. Coluche considère désormais le cinéma comme un moyen de gagner facilement beaucoup d’argent. Au total, il attirera environ 25 millions de spectateurs dans les salles en moins de vingt films comme tête d’affiche.

Le César, puis rien

Sorti tranquillement le 21 décembre 1983, Tchao Pantin de Claude Berri devient sur la longueur un énorme succès, consacrant le talent dramatique de Coluche que Claude Berri avait décelé à l’époque du Pistonné. La personnalité préférée des Français dans les années 80 confirme enfin les espoirs placés en lui, notamment par son ami Martin Lamotte qui confie dans le documentaire son regret de n’avoir retrouvé que trop rarement au cinéma le Coluche de la scène. César du meilleur acteur en 1984, il ne capitalise pas sur ce prix qu’il prend à la rigolade. Ses derniers films, franchement mauvais (Le Bon Roi Dagobert, La Vengeance du serpent à plumes…), sont de pures cash machines qu’il fait en dilettante, accaparé par ses projets humanitaires (Les Restos du Cœur ouvrent fin 85) et ses délires audiovisuels (à la radio ou sur Canal Plus).

 

Les projets avortés

Avant de mourir brutalement sur une route du sud, le 19 juin 1986, Coluche envisageait de tourner un film avec Pierre Etaix qu’il vénérait. Ancien assistant de Jacques Tati et réalisateur culte du Soupirant ou de Yoyo, Etaix se souvient avec émotion de la déférence de Coluche à son égard et de son implication dans le projet. Cela fait partie des regrets qu’on nourrit par rapport à la carrière cinématographique de Coluche, qui a vu aussi lui échapper le rôle d’Ugolin dans Jean de Florette. Pour une bonne raison : ses essais, qu’on peut revoir dans le documentaire, furent catastrophiques. Lucide, Coluche s’en tira avec les honneurs en disant à Claude Berri qu’il ne sentait pas le personnage. Au grand soulagement de tout le monde… 

Coluche fait son cinéma sera rediffusé le 25 juin à 21h45 sur Paris Première