Big Little Lies 2
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Fallait-il absolument faire une suite ? Aujourd'hui, on a la réponse.

C'est certainement le plus gros mensonge de Big Little Lies : non, une deuxième saison n'était pas nécessaire ! Après la diffusion du final, on en a désormais la certitude, il aurait mieux valu laisser Madeline, Celeste, Renata, Bonnie et Jane sur cette plage, là où elles étaient arrivées contre vents et marées, dans l'épilogue de la saison 1.

HBO et le showrunner David E Kelley ont absolument voulu écrire une suite au roman original de Liane Moriarty, qui avait servi de base à ce qui devait être une mini-série limitée en 2017. Mais même avec l'aide de l'écrivaine - qui a largement contribué à cette saison 2 - le scénariste n'a pas réussi à donner une raison d'être à ce nouveau chapitre.

Au fil d'un récit confus, qui n'a jamais vraiment trouvé le bon rythme, on a passé 7 épisodes laborieux avec ces "Monterey Five" hantées par la mort de Perry (Alexander Skarsgård) et minées par le regret et la culpabilité. Dévorées par le souvenir de cette nuit macabre, nos héroïnes ressassent leurs erreurs, encore et encore, et à force de vivre dans le passé, empêchent le téléspectateur de s’investir dans une histoire qui survit essentiellement à travers ses flashbacks. Parce qu'en somme, cette saison 2 de Big Little Lies n'a rien à dire. Ou pas grand chose. On s'en rend très vite compte, dans une première partie qui déconstruit essentiellement la saison 1 pour essayer de survivre sur ses cendres.

L'histoire de Big Little Lies tourne en rond et enferme les excellents personnages de Liane Moriarty dans des caricatures d'elles-mêmes. A l'image de Renata (Laura Dern), la riche excentrique de Monterey, confrontée à la banqueroute et qui n'en finit plus de sortir des monologues excités sur sa réussite de self-made woman. A l'image de Madeline (Reese Witherspoon), qui retombe dans l'ornière de son adultère et de ses atermoiements romantiques avec son (trop ?) gentil mari Ed (tout ça pour arriver à un dénouement incroyablement mièvre). Les "Monterey Five" semblent être restées coincées dans les pages du livre original et n'arrivent pas à en sortir. Et à chaque fois que David Kelley essaye de lancer de nouveaux éléments, il se plante.

Big Little Lies 2
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La fille de Madeline (Kathryn Newton) refuse d’aller à l’université ? C'est un très gros problème pendant trois épisodes et puis après... on n'en entend juste plus parler ! Le nouveau boyfriend de Jane ? Une romance insipide et convenue, sur le thème du traumatisme passé. Et que dire de l'entrée en scène des parents de Bonnie (Zoé Kravitz) ? Au lieu d'aborder de manière significative sa situation de femme noire dans une ville entièrement blanche, la série préfère jouer la carte de la mère abusive, qui débarque à Monterey avec ses dons Vaudou. Du Vaudou dans Big Little Lies ?! On a encore du mal à saisir à quoi les visions de maman ont bien pu servir dans toute cette Histoire... En tout cas, elles n'ont pas franchement servi le personnage de Bonnie...

Entre les mains d’une distribution moins talentueuse, les boursouflures de cette suite auraient certainement été encore plus criantes. Ici le casting 5 étoiles sauve les meubles comme il peut. Surtout Nicole Kidman, qui, magistralement, livre le délicat portrait d’une femme battue qui peine à accepter le décès de son mari violent. Mais il faut bien l'avouer, toute la petite bande - même Kidman - paraît un ton en-dessous par rapport à la première saison. Peut-être aussi parce que Meryl Streep écrase tout. L'étrange, excentrique et insaisissable Mary-Louise Wright, horrible matriarche en deuil et inconsolable grand-mère aimante, fait la pluie et le beau temps dans cette saison 2 malhabile. Streep surnage et réussit à donner tellement d'ampleur à l'antagoniste de ce nouveau chapitre, qu'il prend carrément le pas sur les 5 héroïnes. 

Cela ne fait que rajouter à cette impression de soap fouillis et brinquebalant, qui a l'air d'avancer comme un poulet sans tête vers sa conclusion moraliste tellement décevante. Une mise en scène difficile à suivre, qu'on pourra attribué, a priori, à la vision rebidouillée de la réalisatrice Andrea Arnold, dont le travail aurait été repris et remodelé en post-production par Jean-Marc Vallée (réalisateur de la saison 1).  En tout cas, les images sont moins belles. La bande son est bien moins enivrante. Les enfants si cool ont été totalement mis de côté. La vibe de Monterey a disparu. L'âme luxueuse et luxuriante du Big Little Lies original a définitivement quitté le corps de cette suite très évitable.