Roschdy Zem - Les Sauvages
Canal +

La mini-série de Rebecca Zlotowski prend la France multiculturelle à bras-le-corps en imaginant l’élection d’un président d’origine maghrébine et assume son mélange des tons sans crainte du trop-plein narratif.

Avec cette adaptation des romans de Sabri Louatah (quatre tomes publiés entre 2011 et 2016), Canal+ fait preuve d’une incontestable ambition. Imaginant l’élection à la présidence de la République d’un candidat d’origine maghrébine (Idder Chaouch, joué par Roschdy Zem) qui se retrouve d’emblée visé par un attentat, cette fresque politique aborde des thèmes inédits dans nos contrées et propose de regarder droit dans les yeux la diversité ethnique de la France, les crises identitaires et le fossé qui sépare les communautés. La série choisit aussi de mêler le thriller judiciaire à la saga sentimentale pour mieux croiser les destins de la famille Nerrouche (prolétaire, de Saint-Étienne) et de la famille Chaouch (bourgeoise, aux portes de l’Élysée). Si les traumatismes hérités de la colonisation, les souvenirs des émeutes de 2005 ou l’angoisse du terrorisme servent ici de toile de fond, ces six épisodes assument en même temps l’aspect spéculatif du scénario et affichent un rapport entièrement décomplexé à la fiction.

 

Dali Bensallah et Souheila Yacoub - Les Sauvages
CPB FILMS/ SCARLETT PRODUCTION /CANAL+

 

L’association entre l’auteur des livres et Rebecca Zlotowski (qui vient de signer Une fille facile) porte ainsi ses fruits car, à la vision sombre et tumultueuse de Sabri Louatah, viennent s’ajouter l’emphase et l’énergie filmique de la cinéaste. Les deux cocréateurs, jouant de l’alliance du soap et de la tragédie, ont centré l’intrigue sur l’affrontement entre deux frères : Nazir (Sofiane Zermani), l’intellectuel animé d’une idéologie destructrice, et Fouad (Dali Benssalah), l’acteur vedette sans problème d’identité qui refuse pourtant les rôles d’Arabes.

LYRIQUE ET AMÈRE.

La série regarde donc vers un certain cinéma américain, celui de James Gray ou Michael Cimino. Mais avec ses emballements rythmiques (le récit de l’enquête est parfois très rapide) et ses situations iconoclastes (des services de renseignement aux méthodes artisanales cohabitent avec un match de football), Les Sauvages trouve sa propre tonalité. Lyrique et amère. À l’image de la conclusion, murmurée à l’oreille du spectateur, qui indique que c’est peut-être en reconnaissant l’imperfection d’une société que l’on pourra patiemment aller de l’avant.