Hunters critique
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Al Pacino emmène cette nouvelle série Amazon, curieux croisement entre Inglourious Basterds et La Liste de Schindler.

Al Pacino, survivant des camps de la mort, traque les nazis dans l'Amérique des Seventies, avec l'aide d'un commando d'élite improbable. Sur le papier, Hunters a tout d'une petite bombe pulp. Le résultat n'est pas aussi enthousiasmant qu'espéré, mais la chasse au IVe Reich n'en demeure pas moins réjouissante.

On se retrouve donc en 1977, à New York, chez Jonah Heidelbaum. Le jeune homme de 19 ans vit avec sa grand-mère juive, qui a survécu à Auschwitz, et qui se fait assassiner subitement un soir dans son salon. Lors des funérailles, Jonah croise la route du richissime Meyer Offerman, une vielle connaissance de la défunte, qui va le prendre sous son aile et lui révéler la vérité sur sa mamie : elle traquait les Nazis, cachés aux Etats-Unis depuis des décennies. 


Parce que oui, dans cette version de l'Histoire, les fanatiques d'Adolf Hitler n'ont pas disparu après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Ils se sont planqués, tranquillement, aux USA, avec un objectif en tête : relancer le mouvement et poursuivre l'oeuvre macabre du IIIe Reich. La scène d'ouverture est ainsi un choc total. On y voit un père de famille idéal, vivant dans la banlieue de Washington, qui se fait démasquer par une survivante des camps, au cours d'un banal barbecue du dimanche. Il va alors massacrer tout le monde, même sa propre femme et ses enfants, pour ne pas ruiner sa couverture...

Les enjeux sont posés d'emblée : dans ce monde dystopique - créé par le jeune scénariste David Weil et produit par le très demandé Jordan Peele - les Nazis rescapés de la défaite de 1945 sont des méchants de BD sans foi ni loi, des vilains maléfiques contre qui va se battre la team de Meyer Offerman, composée de vengeurs éclectiques et farfelus. Oui, l'influence des comics est prégnante, mais aussi très assumée lorsque la série prend des allures de série B amusante. Hunters lorgne même ostensiblement vers l'oeuvre de Quentin Tarantino dans sa manière d'aborder la chasse aux Nazis sous un angle pulp (on pense forcément à Inglourious Basterds) tentant de reproduire son style caractéristique, mais sans la sophistication ou la maîtrise de la mise en scène du réalisateur oscarisé. Et sans sa plume non plus. L'écriture des personnages laisse franchement à désirer et les héros de la bande de "Hunters", balourdement grotesques, manquent cruellement de charisme, de charme, de flamme. Pour le dire simplement, on a bien du mal à s'attacher au fil des premiers épisodes.

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Malgré cela, on se laisse agréablement happer par l'ambiance des années 70 et par ce complot Nazi fomenté dans les entrailles même de l'Amérique. L'histoire alternative est suffisamment solide et bien ficelée pour nous tenir en haleine. D'autant que Hunters ne manque pas d'ambition et n'hésite pas à mixer les genres. De manière parfois déconcertante, elle mélange à cette fiction déjantée et cartoonesque des éléments hyper-réalistes qui vous glacent le sang. Parce que la série, par flashbacks, ose la reconstitution historique des camps de la mort ou du Ghetto de Varsovie, et elle le fait avec une étonnante sincérité et beaucoup d'émotion. Des moments saisissants, qui nous replongent dans une froide réalité absolument terrifiante. Comme si Inglorious Basterds tentait le périlleux crossover avec La Liste de Schindler. L'entreprise est pour le moins osée et n'aide peut-être pas Hunters à trouver un équilibre. Mais elle a le mérite de tenter une approche assez folle et inédite du devoir de mémoire.

Hunters - saison 1 en 10 épisodes, sur Amazon Prime Vidéo à partir du vendredi 2 février 2020.

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