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Dans la rue, on te reconnaît plus pour ton rôle de Karl dans Love Actually ou pour celui de Xerxès dans 300 ?Ahah, je dirais les deux. Mais évidemment on me reconnaît plus pour Karl, j’ai tellement de maquillage dans 300… Les gens ne tiquent pas toujours que j’ai joué dans 300. Par contre, Love Actually c’est presque immédiat.Surtout des filles ?Et non. Vraiment 50/50. Tout le monde adore ce film. Il est diffusé chaque année à la télé, à Noël. Chaque putain d’année ! Tue peux le revoir plusieurs fois, c’est un feelgood movie pur, et comme les femmes ont une sensibilité plus élevée, elles le regardent plus souvent, elles s’identifient…Attends, tu parles de 300 ?(rires) Ca pourrait ! Mais c’est vrai que les mecs préfèrent 300.Tu t’es vraiment rasé le crâne pour jouer Xerxès ?Pas seulement le crâne, mec. Mon corps en entier. Tout mon foutu corps. Zack Snyder voulait respecter le dessin de Frank Miller à 100%, il utilisait la BD comme storyboard. Donc on devait tout reprendre du personnage papier. La taille, les piercings, la voix. Au début ils m’ont proposé un faux crâne à plaquer sur mes cheveux. J’ai préféré y aller à fond. Je devais recommencer tous les deux jours. Je respecte encore plus ce que font les femmes. J’ai essayé la cire au début, mais c’était trop douloureux. Je suis resté au rasoir. Au début c’est bizarre tu te sens comme un reptile et tu as froid : plus aucun poil pendant un tournage à Montréal.Dans 300, tu as un rôle hyper important mais dans Diversion, tu as vraiment peu de scènes. C’est frustrant ?Non, non. J’approche chaque rôle de la même façon. Rôle principal, secondaire ou presque figurant, avoir dix scènes ou une, je m’en fous complètement. Que je fasse Shakespeare ou Rio 2, c’est pareil. Tu dois t’engager dans le rôle, à fond. Respecter ton rôle. Par contre je fais gaffe à une chose : est-ce que le personnage est important dans l’histoire, même mineur ? Est-ce que j’ai la place de créer quelque chose de personnel ? C’est ce qui me plaît dans Garriga -mon personnage dans Diversion. Il a peu de scènes mais il est au coeur du deuxième acte, ce n’est pas un méchant, il a ses motivations, il est manipulé par Margot et Will… Tu parles de créer quelque chose de personnel dans un second rôle. Tu y es arrivé ici aussi ?Oui, tout à fait. J’ai déjà bossé avec les réalisateurs Glenn Ficarra et John Requa dans I Love You, Phillip Morris. Ce que j’aime c’est qu’ils sont malins, futés. Ce ne sont pas des ouvriers qui font un boulot quotidien, banal. Ils t’écoutent, remanient tes répliques, te laissent improviser et tout.On peut improviser même sur un gros film comme Diversion ?Oui, oui. Dans la scène finale, dans le garage, on a essayé plein de manières différentes de torturer Will et Margot. Plus ou moins de dialogues, plus ou oins de gestes ? Trouver la bonne équation plutôt que l’équilibre. Il a fallu cinq prises pour trouver la manière juste. Pour moi la clef de Garriga c’est son image de soi, sa réputation. Ca reflète le monde dans lequel on vit. C’est ça qui le rend dingue : pas de perdre de la thune ou un secret industriel, mais de perdre la face. C’est déjà plus intéressant qu’un mec qui veut infliger de la violence gratuitement. Ca, c’est cool.En parlant d’image de soi, comment tu vis le fait d’être un hispanique à Hollywood ? Tu ne te retrouves pas toujours à lire les mêmes rôles ?Tu sais, mec, je bosse ici depuis douze ans, et quand je suis arrivé, c’était que des stéréotypes, des caricatures. Ca a évolué mais pas tellement. Un étranger reste un étranger à Hollywood. Pas tellement à cause du look mais de l’accent. C’est ça qui est crucial.Tu as déjà perdu un rôle à cause de ça ?Le mot "perdre" est un peu fort. Etre limité, oui. J’ai auditionné pour des films : ma perf plaisait mais  mon look et mon accent me catégorisaient. On me disait que pour le public américain, dès que tu as un accent ils se disent OK, c’est un étranger et ça change tout le personnage. J’ai essayé de neutraliser mon accent, j’ai bossé avec un coach pour parler comme un vrai Américain. Maintenant j’assume complètement, j’utilise ma voix comme un atout.Et donc te voilà à jouer Jésus dans le nouveau Ben Hur.Voilà ! C’est un exemple parfait, ça. Engager un Brésilien pour jouer Jésus… D’après la Bible, on sait d’où venait Jésus mais pas à quoi il ressemblait. Qui sait ? T’as une photo ? Pas moi. Mais les producteurs pensaient que j’avais les qualités pour jouer Jésus.Et il faut quelles qualités pour jouer Jésus ?En fait je leur ai posé la même question. Ils m’ont juste dit que j’étais parfait, de ne pas m’en faire. Mais je ne sais toujours pas lesquelles. C’est un rôle hyper risqué, tu joues Jésus, quoi ! Quelqu’un qui change le cours de l’Histoire. J’ai bien réfléchi avant d’accepter parce que c’est typiquement le rôle qui peut te poser des problèmes. Mais l’opportunité était trop belle. Je n’essaie pas de rationaliser trop le personnage, mais j’essaie de trouver l’être humain dans Jésus. Il ne faut pas tomber dans l’excès inverse, dans le surnaturel à outrance, tout ça.On t’a critiqué ?Pour l’instant, non, on me félicite d’avoir relevé le défi. En plus je ne me mets plus la pression puisque le héros c’est Ben Hur, je ne suis pas là tout le temps.C’est différent comment par rapport au Ben Hur avec Charlton Heston ?On a surtout repris le roman original, et on est partis de là. Ca sera très, très, très différent du film de Wyler.Et encore plein de fonds vert pour toi comme dans 300 ?Ahaha, non, heureusement ! On a utilisé des vrais décors, la vache, ça fait du bien. On a tourné dans le sud de l’Italie, à Matera, dans des décors naturels. Une ville en pierre qu’on a utilisé pour faire Jérusalem. Ca va être dingue.Tu fais partie du casting de Jane Got A GunC’est un bon exemple pour ta question sur l’ethnicité. Je suis un flingueur qui s’appelle Fitchum, comme un Irlandais. Et ils ont engagé un Brésilien pour le jouer ! Bref. C’est un personnage avec un sens de l’humour très sombre.Le tournage du film a été difficile.Oh oui. Ca n’a pas été évident. Je crois que toute la planète est au courant, non ? On a perdu notre réalisatrice, des acteurs sont partis. Pas moi. Je suis resté, par fidélité et parce que le projet est vraiment surexcitant.Interview Sylvestre Picard (@sylvestrepicard)Bande-annonce de Diversion, actuellement en salles françaises :