Pourquoi Le Corbeau a valu à Henri-Georges Clouzot une interdiction de travail

Le Corbeau

Arte diffuse ce soir ce drame interdit à la Libération.

Dans le cadre du 40e anniversaire de la mort d’Henri-Georges Clouzot, Arte diffuse plusieurs films du réalisateur, ainsi que des documentaires sur son travail. A 21h, place au Corbeau, drame sorti au beau milieu de la Seconde Guerre Mondiale.

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Le cinéaste est aussi à l’honneur à la Cinémathèque française, via une exposition sur l’ensemble de son œuvre, et pour fêter ça, Première consacre deux dossiers à l’artiste. Le premier s’intéresse à la création des Diaboliques, son thriller sorti en 1954, et il est publié au sein du "mook" n°1. Le second revient sur l’ensemble de sa carrière, et c’est au sein de ce long article que François Grelet détaille l’histoire du Corbeau.

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"Plutôt que de "mystère", il faudrait en fait parler de malentendu. L’un des plus répandus et des plus vivaces se situe au tout début de sa carrière lorsque le jeunot Clouzot se retrouve à la tête du département scénario de la Continental (la major ciné que les nazis avait montée en France durant l’Occupation, avec l’ambition de concurrencer Hollywood). Il y réécrit quelques scripts, occupe les plateaux de tournage, avant de se voir confier par la direction la mise en scène de L’Assassin habite au 21, un whodunit véloce tourné en tout juste dix-huit jours. Le film est un tel carton que les têtes pensantes de la Continental lui donnent carte blanche pour la suite. Ce sera Le Corbeau, radiographie d’une petite ville bien de chez nous mise sens dessus dessous par une déferlante de lettres anonymes. Un film noir en pleine cambrousse occupée, mais surtout un objet à ce point retors et désabusé qu’il réussit l’exploit d’être à la fois honni par la France libre (qui lui reproche d'envisager le pays comme un dépotoir à collabos) et par l'occupant allemand (qui se retrouve abasourdi face à son portrait délétère de la France occupée). Le film fait salle comble mais son refus obstiné de tout manichéisme, à une époque où il fallait choisir son camp, préfigure toute la mystique sulfureuse qui ne cessera jamais d’entourer son auteur.

La scène la plus célèbre du Corbeau, celle où une ampoule entame un va-et-vient expressionniste devant le visage pétrifié de Pierre Fresnay, énonce on ne peut plus clairement toute la vision du monde portée par Clouzot : pas de blanc ni de noir, pas de gentils ni de méchants, les illuminations ne surgissent qu'après avoir connu les ténèbres. À tout juste 36 ans, le cinéaste délivre une note d'intention dont il ne déviera jamais. Son sens parfait de la nuance sera d’une radicalité inouïe.

À la Libération, Clouzot se voit écoper d’une interdiction de travail qui durera quatre ans. Le Corbeau est interdit partout dans le pays (la Belgique qui souhaitait le diffuser sur son territoire aurait été avertie par le gouvernement français que ce choix serait considéré comme un "geste inamical"). Il devient un film-symbole d’une France qui (se) trahit, alors qu’au fond le film ne traite que du sentiment terrible de culpabilité – celle de Clouzot en premier lieu.

Ce malentendu-là, le cinéaste mettra un point d’honneur à ne jamais le dissiper, tournant  en 1949, et coup sur coup, Manon (réactualisation de Manon Lescaut sur fond de Libération et de fondation d’Israël) et un sketch de l’anthologie Retour à la vie, dont le concept était de rendre un hommage ému aux blessés de guerre. Les deux films travaillent la même obsession, précisément celle qui a valu au Corbeau d’être voué aux gémonies quatre ans plus tôt : en temps de guerre, les bourreaux sont aussi des victimes, et inversement. Clouzot ne cherche pas à rectifier le tir ni à s’excuser pour son humanisme défait. Et entretient de fait les rumeurs sur des inclinations politiques discutables qui, ajoutées à la violence parfois scandaleuse dont il a fait preuve avec ses acteurs et ses équipes techniques, expliquent sans doute les pincettes avec lesquelles sa postérité est manipulée."

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