Le Jeune Ahmed
Christine Plenus

Les frères Dardenne renouent avec leurs racines en filmant sèchement la radicalisation d’un jeune garçon déterminé.

L’échec de La Fille inconnue (leur plus mauvais score au box-office) aurait-il incité les frères Dardenne à repenser leur cinéma ? Dans Le Jeune Ahmed, pour la première fois depuis La Promesse, le duo a fait appel à un casting entièrement composé d’acteurs inconnus du grand public, au premier rang desquels l’amateur Idir Ben Addi, 13 ans. Le visage buté, toujours en mouvement (en termes de mise en scène, rien ne change ; la caméra est au plus près de l’action), c’est le héros dardennien par excellence, animé d’intentions plus ou moins louables nourries par une réalité contrariante. Surprise : l’adolescent n’est ici entouré que de personnes bienveillantes, de sa mère aimante à une prof d’arabe conciliante, en passant par des éducateurs patients. Pourtant, Ahmed n’a qu’un but dans sa jeune vie : tuer du mécréant. Conditionné par un imam manipulateur, il est prêt à tout, y compris à mentir à ses proches. La force du film tient dans cette irréductibilité habituellement mise à mal, chez les Dardenne, par des circonstances qui éveillent progressivement la conscience de leurs personnages. Les sentiments naissants – un brin prévisibles – d’Ahmed envers une jeune fille (avec qui il est en binôme dans une ferme reliée au centre fermé où il est détenu) sont par exemple avant tout travaillés par la question de la place de la femme telle qu’elle lui a été édictée par son imam. En ne cherchant pas à psychologiser les radicalisés, les Dardenne réussissent en définitive là où Téchiné a échoué avec L’Adieu à la nuit.