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Cela doit être un bonheur de pouvoir rejouer quatre ans après la première représentation ?Chaque année, il y a des spectacles qui enflamment le public et qui ne peuvent pas vivre plus longtemps. Le théâtre public est très mauvais sur ce point-là par rapport au théâtre privé. Il y a les tournées mais c’est quand même absurde de ne pas pouvoir jouer plus à Paris. Le ministère devrait dédier un lieu à la reprise. Arrêter Se trouver de Pirandello après six semaines pleines à la Colline, c’est frustrant. Les plus malheureux de cette situation sont les comédiens. C’est pour cela qu’il faut saluer Adel Hakim et Elisabeth Chailloux qui ont décidé de reprendre IncendiesCe qui signifie que plus un spectacle se joue et plus il vit ? Il ne peut que gagner en qualité. Des spectateurs m’ont dit, lorsqu’ils ont appris que l’on reprenait Incendies, « On va revenir avec des amis qui n’avaient pas vu ! » Sur des exploitations courtes ils n’ont pas le temps… My Secret Garden de Falk Richter va être repris en juin, cinq ans après sa création, et Clôture de l’amour de Pascal Rambert en mai 2014, trois ans après. Ce sera au Rond-Point, car il n’y a que Jean-Michel Ribes qui offre la possibilité des reprises. L’association Mouwad-Nordey est étonnante, il est plutôt rock et vous oratorio.Si on regarde bien, nous ne sommes pas si éloignés. On se retrouve car nous sommes des amoureux du théâtre, de la poésie. Le théâtre grec nous fascine. Moi, parce que c’est le théâtre devant la cité et Wajdi parce que c’est festif. Quand je suis allé faire l’acteur dans son spectacle Ciels et lui dans ma mise en scène des Justes de Camus, c’était aller en terre étrangère. L’un et l’autre nous nous sommes enrichis. En tout cas, cela a réchauffé quelque chose dans ma création. Mon travail avec Emmanuelle Béart dans Se trouver est un enfant de cela.Pourquoi avoir choisi Incendies ?Il me semble que c’est une de ses pièces les plus abouties. Il y a un tel équilibre. Le corps du récit est l’enfance, la guerre du Liban. Mais c’est avant tout une partition magnifique pour les comédiens. Ils sont dix sur scène à jouer, nous faisant passer du rire aux larmes. Ce qui m’a beaucoup touché avec le théâtre de Wajdi est le retour du récit sur une scène. Ma culture est le contraire. Mais voir quelqu’un qui croit à ce point-là à la forme du conte m’a donné envie de me confronter à cette écriture.Qu’est-ce qui touche tant la jeunesse dans l’œuvre de Mouawad ?Au Québec, il y a la tradition d’un théâtre pour adolescents. Wajdi a appris son métier au Québec et cela est resté dans son geste d’écriture et les jeunes le sentent. Les deux héros ont leurs âges, il y a une identification immédiate. Mais c’est aussi bon pour les adultes, car plusieurs générations peuvent s’identifier dans le rôle de la mère que l’on voit à 20 ans, 40 et 60 ans.