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UNE MÈRE INCROYABLE

Elle ne veut pas. Au médecin qui lui annonce son cancer, Leticia, une septuagénaire revêche, dit non. Elle refuse le traitement. Sous l’oeil effaré de sa fille venue l’accompagner. Dès lors, à l’image de cette première scène choc, Franco Lolli développe dans Une mère incroyableles relations houleuses de ce duo : la mère, en fin de vie, au caractère bien trempé, interprétée par Leticia Gómez (la propre mère du réalisateur), et sa fille aînée, Sylvia, qui en plus de la maladie de sa mère, doit faire face à une accusation de corruption dans son travail et s’occuper seule de son fils.

Sophie Benamon
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L'APPEL DE LA FORÊT

Avec L’Appel de la forêt, Chris Sanders ne s’est pas juste attaqué à un emblème de la littérature américaine. Le génie de l’animation, à qui on doit notamment les sublimes Dragons et Lilo & Stitch, a délaissé les planches à dessin pour passer derrière la caméra. Le tout premier film en live action du réalisateur et illustrateur, qui propose ici et pour la première fois, une lecture intégrale de l’œuvre de Jack London (1903) sur grand écran.

Julia Mothu
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TOUT PEUT CHANGER, ET SI LES FEMMES COMPTAIENT À HOLLYWOOD ?

Voici un docu dont la pédagogie permet de repréciser l’étendue des dégâts concernant la place des femmes à Hollywood, en remontant au moment pivot du passage du muet au parlant, quand les hommes ont pris le pouvoir pour ne plus le lâcher. Et pourtant, par-delà la faiblesse de sa forme, ce film nous laisse sur notre faim. D’abord, par l’absence -étonnante au vu de la richesse du casting – d’une voix essentielle : Kathryn Bigelow, seule réalisatrice oscarisée à ce jour. Ensuite et surtout, par l’absence de débat. La faute aux patrons de studio qui ont refusé de répondre.

Thierry Chèze
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JINPA, UN CONTE TIBÉTAIN

Voilà un film qui demande un effort. Celui de passer outre sa scène d’ouverture très belle visuellement mais prenant tellement son temps qu’on se croit embarqué dans ce fameux cinéma d’auteur pour festivals excluant à trop jouir de lui-même. Fausse piste. Car si la beauté de la mise en scène reste intacte, Jinpane va pas cesser de jouer avec le spectateur et de mêler les genres avec une jouissance partageuse.

Thierry Chèze
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LETTRE À FRANCO

Et si, avec Régression, Amenábar avait fait passer un message ? Car la décennie 2010 fut meurtrière pour le réalisateur des Autresavec seulement deux films au compteur et la perte évidente de son mojo. Reconnaître sa patte dans cette exploration d’un moment décisif de l’histoire espagnole récente tient ici de la mission impossible. Le sujet est pourtant passionnant : comment l’écrivain Miguel de Unamuno, soutien inattendu du coup d’État de Franco en partisan de l’ordre, a pris peu à peu conscience de son erreur.

Thierry Chèze
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WET SEASON

On avait découvert le Singapourien Anthony Chen avec Ilo Ilo, subtile chronique familiale récompensée par la Caméra d’or au Festival de Cannes 2013. Le voici de retour avec un portrait de femme complexe : Ling, prof d’anglais, mal mariée, son beau-père grabataire à charge et un désir d’enfant inassouvi. Ling s’injecte régulièrement des hormones dans le ventre, toute seule dans sa voiture, avant de donner ses cours. Sa rencontre avec Wei Lun, un étudiant esseulé, va être à l’origine d’une remise en question...

Christophe Narbonne
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PARASITE BLACK & WHITE

Parasite de Bong Joon Ho - certifié meilleur film de 2019 (Palme d’or, Oscars et tutti quanti) - ressort en salles dans une version noir et blanc. Une coquetterie qui lui permet d’accéder un peu plus au statut de classique du septième art. Un tel geste en 2020 est, peu ou prou, comparable à celui qu’effectuerait un musicien décidant de « coucher » un de ses albums sur un vinyle 180 grammes histoire de l’isoler de la masse dématérialisée et lui assurer une certaine postérité.

Thomas Baurez
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Sonic, le film

Souvenez-vous : la première bande-annonce du film Sonic montrait un design du hérisson-bleu particulièrement raté. Bronca sur Internet. Et Sonic, le film est reparti en post-production pour donner un nouveau Sonic bien mieux fait. La mauvaise nouvelle, c’est que, design réussi ou pas, ce n’est pas le problème : le film ne parvient pas du tout à réussir à faire de la mascotte de Sega un vrai film.

Sylvestre Picard
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Trois étés

Inspiré d’un énorme scandale de blanchiment d’argent qui a secoué les élites brésiliennes, le troisième film de Sandra Kogut se focalise sur les couches populaires, victimes collatérales des magouilles des patrons. On y suit les agissements de Mada, la gouvernante d’une famille riche éclaboussée par un scandale financier, qui finit par occuper seule, avec d’autres domestiques, une demeure cossue laissée à l’abandon par les propriétaires en fuite. Et Mada de rentabiliser le lieu à coups de locations, d’événements et de tournages...

Christophe Narbonne
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Toutes les vies de Kojin

« Jusqu’à 18 ans, j’étais homophobe. » La confession du réalisateur Diako Yazdani, réfugié politique kurde en France, dans le dossier de presse de ce documentaire éclaire sa démarche. Parler de ce sujet a priori tabou, débattre, prouver par l’absurde le ridicule crasse de cette ostracisation criminelle. Et, pour cela, il suit le quotidien de Kojin, homo de 23 ans vivant au Kurdistan dans une société clanique aux principes religieux ultra stricts, qui lui dénie toute place en son sein.

Thierry Chèze
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Deux

Nina et Madeleine, retraitées et voisines, ont, pour la dernière ligne droite de leur existence, la tentation... de Rome. De s’y installer enfin ensemble, en couple, et de vendre leurs petits appartements respectifs pour se payer cette liberté. Mais si Nina est seule, Madeleine, elle, a deux grands enfants. Jamais, en vingt ans de passion cachée, elle n’a réussi à faire son coming out. Cette vente de l’appartement familial lui offre l’occasion de franchir le pas. Mais la met aussi dos au mur sur l’air du « maintenant ou jamais ».

Thierry Chèze
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Tu mourras à 20 ans

Lion du futur lors de la dernière Mostra de Venise, ce premier film soudanais révèle un cinéaste à suivre, Amjad Abu Alala. Il raconte l’histoire de Muzamil, un enfant frappé d’une malédiction. À sa naissance, un derviche s’est évanoui, accomplissant une funeste prophétie : la mort programmée de Muzamil, à 20 ans. Dans la foulée de cette annonce, le père disparaît tandis que la mère se drape de noir pour toujours. Dix-neuf ans plus tard, Muzamil est un jeune homme hanté par sa mort prochaine que l’amour de la belle Naima n’arrive pas à soulager...

Christophe Narbonne
GALERIE
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Mickey and the Bear

Pour Hank, la vie s’est arrêtée à la mort de sa femme. Déjà accro aux opiacés, ce vétéran de la guerre d’Irak a définitivement basculé dans une autre réalité et fait de la vie de sa fille Mickey, qui vit seule avec lui, un enfer. Car sans elle, son immobilité morbide le condamne à une mort certaine. Mais en restant à ses côtés, cette ado se voit condamnée à une prison qui l’empêche d’envisager le moindre avenir radieux, à commencer par sa première vraie histoire d’amour qui lui tend les bras.

Thierry Chèze
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Un divan à Tunis

Si beaucoup ont choisi de traiter la période post-Printemps arabe sous l’angle du drame politique, Manele Labidi a opté pour la comédie à l’occasion de son premier long métrage. On y suit une psy qui, après dix ans à Paris, rentre en Tunisie exercer son métier pour aider les citoyens d’une banlieue populaire à gérer le stress lié aux bouleversements en cours. Pleine de bonne volonté, elle va cependant devoir composer avec la perplexité de ces habitants pour qui demander de l’aide constitue un aveu de faiblesse et des obstacles administratifs en cascade, riches en situations surréalistes.

Thierry Chèze
Le Prince oublié (2020)
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Le Prince oublié

Dans Le Redoutable, son précédent film, Michel Hazanavicius tirait le portrait de Godard dont il détournait la grammaire cinématographique pour faire un biopic « à la manière de ». Un drôle de projet, méta en diable, dont on trouve des traces résiduelles dans Le Prince oublié, film de commande dans lequel le cinéaste reprend l’idée du commentaire dans le commentaire : on est à la fois avec Djibi (Omar Sy) et dans sa tête ; dans la réalité objective et fictionnalisée.

Christophe Narbonne
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Queen & Slim

C’est évidemment un hasard du calendrier. Mais pas seulement. Ce premier long métrage de Melina Matsoukas, réalisatrice de clips réputée (pour Beyoncé, Rihanna, Lady Gaga, Katy Perry...), dialogue en effet à distance avec un autre film phare de ce mois de février, Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood. Tous deux se penchent en effet sur la figure du héros américain moderne. Comme deux faces d’une même pièce, d’un même pays divisé comme jamais depuis l’accession au pouvoir d’un Donald Trump en quête d’un deuxième mandat.

Thierry Chèze
La Fille au bracelet affiche
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LA FILLE AU BRACELET

Au cinéma, on se souvient d’un Clouzot dans La Vérité (1960) essayant d’éprouver par tous les moyens le volcan Bardot, isolé au milieu d’une cour d’assises prête à dévorer le « monstre ». Le tribunal comme métaphore d’une jeunesse forcément blâmée car incomprise, sert aujourd’hui ce très bon film. Ici, Lise, 18 ans (Mélissa Guers, impressionnante), est protégée (exclue !) par une vitre transparente telle la criminelle qu’elle est peut-être. A-t-elle tué sa meilleure amie ? Lise regarde ses accusateurs dans les yeux, répond distinctement.

Thomas Baurez
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ADAM

On a découvert Maryam Touzani dans Razzia qu’elle avait coécrit avec Nabil Ayouch. Mais avant de passer devant la caméra, elle avait oeuvré derrière avec des courts. Et se retrouve ici aux commandes de son premier long qui raconte l’amitié entre une veuve, mère d’une fillette, tenant une pâtisserie à Casablanca, et une célibataire enceinte, espérant faire adopter son bébé à la naissance, venue frapper à sa porte pour trouver un travail. Deux femmes que tout oppose et dont la méfiance l’une envers l’autre va se fragmenter au fil des jours. En douceur.

Thierry Chèze
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NOTRE-DAME DU NIL

En portant à l’écran le roman d’une autre (le prix Renaudot 2012 de Scholastique Mukasonga), Atiq Rahimi semble avoir perdu tous ses repères. Oubliée la maîtrise implacable de Syngué Sabour. Dès les premiers plans, peuplés de ralentis inutiles, on perçoit son parti pris voué à l’échec : apporter de la joliesse dans un monde brutal et ramer à contre-courant de ce portrait d’un institut catholique formant de jeunes Rwandaises à devenir l’élite du pays.

Thierry Chèze
La dernière vie de Simon
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LA DERNIÈRE VIE DE SIMON

À 8 ans, Simon, orphelin, a comme meilleur ami Thomas dont la famille respire la bienveillance. Au cours d’un jeu, Simon révèle à Thomas et à sa soeur Madeleine qu’il est capable de prendre l’apparence des gens qu’il a touchés. Peu après, le destin des deux garçons va basculer...

Christophe Narbonne
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THE GENTLEMEN

Après plus de dix ans d’errance, excepté le solide diptyque Sherlock Holmes, Guy Ritchie revient à ses premières amours : le film de gangsters choral et furibard. Un retour que l’on n’attendait plus. Ça faisait une sacrée paye qu’on n’avait pas eu de ses nouvelles en direct des bas-fonds londoniens où sévit la petite criminalité à l’accent cockney. Ces combinards poissards, grotesques mais attachants s’évertuant à foirer leur business plan pour quelques billets dont ils ne verront jamais la couleur.

François Rieux
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SAMSAM

Au départ, il y a une BD créée par Serge Bloch pour le magazine Pomme d’Api, devenue en 2007 une série d’animation signée Tanguy de Kermel. Et douze ans plus tard, les aventures de SamSam débarquent pour la première fois au cinéma sous la direction du même réalisateur. SamSam, fils de superhéros, s’y désole de n’avoir pas découvert son superpouvoir, à la différence de tous ses copains d’école. Il va alors partir à sa recherche en faisant fi des dommages collatéraux que cela peut entraîner pour sa communauté, soudain sous la menace d’un monstre cosmique à la croissance exponentielle.

Thierry Chèze
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AQUARELA – L’ODYSSÉE DE L’EAU

Un homme, puis deux, penchés sur une immense étendue glacée. Que font-ils ? Un autre tombe à l’eau. On dirait du Tati. S’ensuit le treuillage d’une voiture immergée, on ne sait pas trop pourquoi. Va-t-on découvrir des conducteurs gelés à l’intérieur ? Même pas. Le principe d’Aquarela ne saute pas aux yeux. On ne sait pas où l’on est (on le découvre en lisant le dossier de presse : il s’agit du lac Baïkal, en Russie), ni avec qui, ni pourquoi. Ça continue. Le documentaire aligne maintenant des images impressionnantes de fonte des glaces.

Christophe Narbonne
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LA CRAVATE

Que cache donc ce titre un peu blague qui évoque une comédie de Francis Veber ? « La cravate » est ici synonyme de respectabilité. Quand Bastien, 20 ans, gueule ronde à peine sortie de l’enfance, l’attache, il entre dans la cour des grands. On le sent un peu gourd dans son costume, lui, l’habitué du sweat baggy qu’il enfile pour ses parties de Laser Quest, la deuxième passion de sa vie. La première ? Le militantisme, et pas n’importe lequel : celui d’extrême droite, celui qui vous stigmatise. Arrêt prématuré de l’école, fâcherie avec les parents, difficultés pour trouver un travail...

Christophe Narbonne
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SOUMAYA

L’intention d’Ubaydah Abu-Usayd et Waheed Khan était louable : dénoncer l’islamophobie en France à travers le portrait d’une femme musulmane, licenciée du jour au lendemain de son poste de cadre dans une société de transport pour des motifs clairement douteux, en plein état d’urgence. Un sujet révoltant, d’autant plus quand on sait que le récit se base sur une histoire vraie.

Julia Mothu
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#Jesuislà

Voilà déjà six ans, Éric Lartigau signait avec La Famille Bélier un de ces succès phénomène de société dont le cinéma français est coutumier. Six ans comme le temps indispensable pour parvenir à enchaîner sans perdre de vue une ligne de conduite qu’il tient depuis son tout premier long métrage (Mais qui a tué Pamela Rose ?), voilà près de vingt ans. Car Éric Lartigau dénote dans un petit monde largement dominé par le culte du cinéaste-auteur.

Thierry Chèze
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BAYALA, LA MAGIE DES DRAGONS

Au royaume de Bayala, divisé entre plusieurs peuples elfes ailés et magiciens, la princesse Surah et ses compagnons emmènent un oeuf de dragon à la recherche des parents du futur bébé. Sauf que la reine des Elfes des ombres convoite également l’oeuf... Au premier abord, Bayala part mal : l’animation de cette épopée de fantasy est assez rigide (elle vise un certain réalisme), l’histoire est compliquée, les chansons tentent de copier celles de Disney (sans réussir).

Sylvestre Picard
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LE LION

C’est l’histoire d’un lion qu’on disait fou. Dany Boon sans crinière, coincé entre les quatre murs d’un hôpital psychiatrique, hurle à qui veut l’entendre qu’il est un super agent secret. Nom de code « Lion ». Son psy (Philippe Katerine) ne croit bien-sûr pas à ces histoires de félin. Le spectateur, si. Il a vu la séquence d’ouverture dans un restaurant chic de Dubaï où ledit lion en costard a neutralisé avec grâce et légèreté des assaillants déchainés tout en préservant sa belle. Cut. Retour à l’hôpital. Boon-Lion est supposément un malade mental qu’il convient de garder au chaud.

Thomas Baurez
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LA BEAUTÉ DES CHOSES

Saluons l’équipe de la société française Malavida films d’avoir sorti de l’oubli l’œuvre du suédois Bo Widerberg (1930-1997). Depuis six ans, les cinéphiles ont pu, en effet, se (re-)plonger dans un cinéma dont la modernité tient dans son affranchissement à un territoire donné. Widerberg, ancien critique de cinéma, a très tôt pris ses distances avec l’ogre Bergman, vantant un cinéma libre, sensible et décomplexé (parmi les chocs, citons l’élégiaque Elvira Madigan, le road-movie américain Joe Hill ou le polar torturé Un flic sur le toit).

Thomas Baurez
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JOJO RABBIT

Au fond, on est tous pareils : on aime bien se moquer des nazis. Lorsque Jojo Rabbit fait des blagues de nazis, aucun problème, on marche à fond. Toute l’ouverture de Jojo Rabbit fait justement de très bonnes blagues de nazis. Nous sommes dans un camp d’entraînement de la jeunesse allemande en 1945, mené par Sam Rockwell (évidemment brillant en vétéran du front russe), Alfie Allen (hilarant en sous-fifre veule) et Rebel Wilson (démente en mère pondeuse du Reich).

Sylvestre Picard