3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:43:00 pm

En exil à l’intérieur d’un appartement de Tel-Aviv, Chantal Akerman décide d’un plan fixe qui n’a rien d’iconique. Il montre l’homme d’en face occupé à soigner ses plantes ou à boire du Nescafé. En voix off, les réflexions de la réalisatrice sur sa condition d’enfant de la diaspora juive, son sentiment global de non-appartenance... Cinéaste de la quête des origines, Akerman signe un film au parfum lacanien où le spectateur doit réfléchir à ses côtés sur un pays ultrareprésenté.

Sophie Grassin
0
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:40:00 pm

Deux éléphanteaux, un chimpanzé et une girafe s’allient pour chasser de méchants chasseurs. Tout ce petit monde (en prises de vues réelles mais avec raccords approximatifs) parle mais, même familiale et destinée aux tout-petits, la comédie tourne court. En son temps, Patrick Bouchitey et sa bande faisaient des merveilles hilarantes avec La Vie privée des animaux. Nous en sommes loin ici.

Isabelle Danel
4 Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:35:00 pm

Dans L’Intouchable, Isild est Jeanne, une comédienne en quête de père, un Hindou qu’elle va chercher jusqu’à Bénarès. Benoît Jacquot suit Jeanne, colle à son sillage mobile. Et signe un beau film dépourvu d’effets, traversé par le sacré (le Gange, une petite sœur des pauvres recluse dans un monastère) qui, par le biais d’une étonnante intimité, devient un documentaire sur la très charnelle Isild Le Besco, prix de la meilleure jeune actrice au dernier festival de Venise.

Sophie Grassin
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:31:00 pm

Décédé le 16 mai dernier, le journaliste Christophe de Ponfilly s’est battu pendant des années pour la cause afghane à travers des livres et des documentaires. Il lui a également consacré son unique film de fiction, inspiré d’une histoire vraie, sur les mésaventures d’un soldat russe enlevé et adopté par les moudjahidin. On devine ce qu’un tel sujet revêtait d’essentiel pour Ponfilly, attaché aux valeurs de tolérance et de droit international. Malgré des défauts évidents (voix off redondante, accents naïfs), L’Étoile du soldat brille par sa sincérité et son réalisme brut.

Christophe Narbonne
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:29:00 pm

Comme dans Vive la République!, Éric Rochant trousse une comédie chorale sur un sujet de société, aidé au scénario par Mara Goyet, elle-même enseignante et auteur d’un livre rigolo et pertinent racontant son expérience, Collèges de France. (…) Malgré quelques baisses de rythme, L’École pour tous déride (souvent), touche juste et bénéficie surtout de la prestation d’Arié Elmaleh, frère de Gad et acteur protéiforme, qui semble pouvoir exercer ses talents dans tous les registres. C’est le bien qu’on lui souhaite… et qu’il mérite.

Arnaud Broche
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:17:00 pm

Dix ans après avoir filmé les massacres perpétrés par l’armée rwandaise et les milices hutues, un journaliste repart à Kigali pour retrouver d’éventuels survivants. Réflexion sur le pouvoir des images et sur l’indifférence coupable de la communauté internationale, ce docu enregistre

Benjamin Mallet
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:10:00 pm

Film de prétoire comique, genre peu pratiqué et pas forcément judicieux, Jugez-moi coupable retrace le plus long procès de l’histoire américaine (c’est écrit au générique). En mafieux bas du front qui assure sa propre défense, Diesel carbure à la vanne. Son one-man-show arrache quelques sourires, tout comme son toupet poivre et sel. C’est dire où en est Sidney Lumet. Il y a trente ans, le cinéaste nous faisait passer Un après-midi de chien. Aujourd’hui, c’est plutôt «Un après-midi sur TF1».

Nicolas Schaller
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:09:00 pm

D’une intrigue aux prémices vaudevillesques et parisianistes, le cinéaste de Rien sur Robert glisse vers une farce fantastique où le bois de Vincennes prend des allures de forêt maléfique..(…) Dans Je pense à vous, comme toujours chez Bonitzer, chacun semble avancer à l’aveuglette. Chacun prononce des paroles qui tuent. Les objets se trompent de destinataires. Les protagonistes se trompent tout court, y compris sur eux-mêmes et sur les autres. (…) Charles Berling, Worms diabolique, plante ses banderilles avec délectation.

Sophie Grassin
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:08:00 pm

Élisabeth, 10 ans, va quitter le monde de l’enfance pour celui des adultes en croisant la route d’un fou égaré… Conte de fées tordu qui rappelle le Tideland de Gilliam, cette fantaisie où se mêlent le merveilleux et les peurs enfantines explore cet entre-deux de l’enfance où l’on joue encore à la poupée tout en pensant sérieusement à la mort. Parfois maladroit, flirtant avec les clichés, le film diffuse pourtant un charme indéniable grâce à la justesse des acteurs et à la mise en scène élégante d’Améris…

Gael Golhen
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:05:00 pm

Un pitch pour magazine féminin («J’ai découvert ma bisexualité le jour de mon mariage»), un traitement à la Richard Curtis, le pape de la comédie romantique anglaise (scénariste de Quatre Mariages…; Coup de foudre à Notting Hill; Bridget Jones; et réalisateur de Love Actually): la recette était simple. Faute de bons ingrédients (acteurs fadasses, écriture approximative, situations comiques éculées…), la mayonnaise a vite fait de tourner.

Nicolas Schaller
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:04:00 pm

Jafar Panahi, aux prises avec la censure locale, évoque la condition des femmes en Iran et, à travers elle, les crispations politiques, morales et religieuses. Aux antipodes de l’édifiante leçon de choses, il choisit un argument trivial: un match de foot où se rend en contrebande une fille au regard à la fois apeuré et volontaire. Jafar Panahi signe un film dont le réalisme apparemment limpide abrite un art subtil de la composition et de la progression dramatique.

Olivier de Bruyn
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:03:00 pm

Pierre Salvadori possède le don inouï de faire rire avec des choses moyennement drôles. Ici, il oppose le pouvoir du fric à celui des sens, frotte les rapports mercantiles aux jeux de la séduction, et signe une comédie placée sous le signe de la confusion. (…) Mais, fidèle à lui-même, le cinéaste privilégie l’élégance et l’esprit. Pas de tyrolienne passionnelle, un sens aigu de l’ellipse, un léger piétinement scénaristique, mais aucun mot de trop.

Sophie Grassin
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:02:00 pm

Héros national au Japon, Osamu Tezuka a lancé à lui seul l’industrie du manga et de l’animation dans son pays. Ce programme trop court, daté surtout du début des années 60, donne une idée de sa prodigieuse inventivité (des affiches prennent vie dans une rue peuplée de souris), comme de l’influence qu’il a pu exercer sur des auteurs comme Miyazaki.

Gérard Delorme
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:00:00 pm

Électrochoc du dernier festival de Sundance et de Deauville, Hard Candy a tout pour plaire: un sujet hardcore qui surfe sur l’exploitation, une mise en scène inventive et deux acteurs géniaux. Trip sensoriel pour les uns, provoc gratuite pour les autres, le premier long du clippeur David Slade est, quoi qu’il en soit, une expérience limite.

Gael Golhen
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:58:00 pm

La propension des pingouins à s’exprimer en chansons est l’occasion de réaliser une comédie musicale, un genre que Miller n’avait pas encore exploré. Puisant dans un répertoire consensuel, il réalise des numéros musicaux techniquement imparables. À l’aise dans tous les registres, il pratique également l’animation pour la première fois, avec un brio exceptionnel. (…) Il réalise aussi un film tout public auquel ne manque que ce grain de démesure qui suscitait, au sortir de ses précédents films, un état de franche euphorie. Ici, elle est juste tempérée.

Gérard Delorme
0
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:56:00 pm

Comme dans Rome désolée et Mon Voyage d’hiver, le réalisateur part de l’autobiographie pour construire son film. Mais il s’attaque cette fois à Port-Royal et au jansénisme, et met en place un dispositif abscons qui laisse le spectateur en rade.

Isabelle Danel
0
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:54:00 pm

En tirant une fiction du best-seller révolté d’Eric Schlosser, pamphlet journalistique sans parachute sur l’industrie du fast-food, Richard Linklater (Before Sunrise; Rock Academy) a dû s’arracher quelques cheveux et se demander pourquoi il n’avait pas plutôt opté pour le documentaire. C’est la question qu’on se pose régulièrement devant son Fast Food... et sa juxtaposition inégale et parfois artificielle de petites histoires qui peinent à en dessiner une plus grande. (…) L’intention était bonne: réaliser le Traffic du «happy meal».

Mathieu Carratier
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:53:00 pm

En trois courts métrages acérés, l’intransigeant Douglas Buck s’en prend à la famille avec une rage froide. Le meilleur segment (et le plus récent) raconte le résultat d’un crime sexuel en juxtaposant deux points de vue, celui du criminel et celui d’une de ses victimes. Il y a dans ces premiers films une puissance romanesque et picturale digne des grands auteurs régionalistes américains. On attend la suite, un remake de Sisters...

Gérard Delorme
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:50:00 pm

Deuxième volet de sa trilogie après Janem janem sorti le mois dernier, Distorsion
met en scène le réalisateur lui-même dans le rôle d’un auteur de théâtre qui écrit
une pièce inspirée de la réalité. Perte de repères de la société israélienne, peur des attentats, paranoïa et manque d’amour tissent la trame de cet intéressant constat, malheureusement alourdi par un filmage et un montage tellement morcelés que les nerfs du spectateur partent en vrille.

Isabelle Danel
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:49:00 pm

Un vieux réalisateur cabot et une star capricieuse se retrouvent à Londres pour une remise de prix trente ans après une séparation douloureuse… Pour Antoine de Caunes, anglophile adepte de slapstick et de nonsense, le Royaume-Uni représente une terra pas vraiment incognita. On attendait donc le meilleur de sa part pour sa première comédie. Mais hormis une scène de repas d’une excentricité toute british et une dernière partie où une réelle émotion se substitue à des ressorts comiques usés, le film déçoit.

Christophe Narbonne
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:48:00 pm

Un mafioso décide d’éliminer un témoin gênant en infiltrant dans un avion des serpents, animaux à sang froid indétectables. De toutes les tailles et de toutes les couleurs. Alors quand vous n’avez plus qu’une fourchette en plastique de plateau-repas pour vous défendre contre un cobra à monocle albinos, il n’y a plus qu’à espérer un crash... Ou que Samuel L. Jackson en ait vraiment ras le Kangol de ces motherfucking snakes. Pour une fois qu’un film préculte est à la hauteur de son buzz, on ne va pas bouder son plaisir doublement masophobique…

Stéphanie Lamôme
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:47:00 pm

Honoré, on le sait, aime depuis toujours Demy. Ce «demyurge» peuple donc Dans Paris d’un brelan d’acteurs inspirés (Duris, Garrel, et Guy Marchand, fabuleux en père dépassé par ses fils). Adresse un salut fraternel au cinéma qu’il aime (un parfum de Godard – Bande à part –, un effluve de Cocteau – Les Enfants terribles –, une once de Truffaut via l’apparition de Marie-France Pisier). Tourne dans une économie restreinte mais crie sa liberté à chaque plan. Honoré fouille les sentiments, joue des faux-semblants, mêle rire et tristesse, crudité et délicatesse.

Sophie Grassin
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:46:00 pm

Quelque part entre Smoking/ No Smoking (jeu sur les probabilités cher à Alan Ayckbourn) et Mon Oncle d’Amérique (dispositif cérébral et précipité existentiel), le Resnais nouveau, un très grand cru, sonde les petites histoires et les gouffres. (…) Dans Cœurs, chacun cherche son chat, sa parcelle de désir, son souffle de vie, mais tout le monde heurte son ombre creuse. Resnais, toujours en quête de nouvelles expériences, a puisé chez quelques Asiatiques pour enrichir de teintes inédites sa palette inimitable.

Olivier de Bruyn
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:44:00 pm

Pour se simplifier la vie, un bourreau de travail décide de s’acheter une télécommande universelle. Qui va se mettre à agir sur sa vie... On espérait que ce formidable pitch de comédie à la Bruce tout-puissant (normal, ce sont les mêmes scénaristes) soit enfin l’occasion pour Adam Sandler de percer sur le marché français. Malheureusement, à part quelques gags inspirés, c’est la sempiternelle histoire du père de famille absent qui va réaliser que les siens sont finalement plus importants que son job. Autant zapper.

Mathieu Carratier
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:43:00 pm

Moins de scènes d’action extravagantes, gadgets quasiment inexistants: sur la forme et sur le fond, l’intrigue joue la carte du «réalisme», quitte à traîner par moments en longueur. Le climax du film? Une partie de poker, plus psychologique que spectaculaire, entre Bond et Le Chiffre – Mads Mikkelsen, impressionnant. Une séquence de torture bien gore et sadique, digne de «24 heures chrono», achève d’éloigner la franchise du divertissement pop-corn, voire de la parodie.

Christophe Narbonne
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:42:00 pm

Une veuve iranienne, refusant de devenir la deuxième épouse de son beau-frère, reprend le café routier de son défunt mari. Pour son premier long métrage, la scénariste du Cercle et de Terre et Cendres aborde avec délicatesse et simplicité la place des femmes, la force des traditions et la difficulté de la transgression. Ce portrait tout doux d’une situation dure marque ainsi les esprits et les cœurs. À voir urgemment.

Isabelle Danel
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:41:00 pm

Nuits de divagues frottées à l’alcool de rades improbables, chaleur communicative des copains, plans de Paris à l’aube, concerts de musique métisse, élans de lyrisme… Avec C’est beau une ville la nuit, Richard Bohringer adapte son roman à succès des années 80. Et signe un film nomade, viscéral, énervant, qui ne connaît ni les compromissions ni les accommodements. (…) Inégal mais passionné, écrit au présent du vindicatif, doté d’une interprétation perpétuellement à la limite du «hors-jeu», C’est beau une ville la nuit retrouve souvent en grâce ce qu’il perd en vigueur.

Sophie Grassin
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:39:00 pm

À travers l’histoire d’amour d’un employé de cirque (génial James Thiérrée) et d’une trapéziste, Robinson Savary tisse des liens entre le cirque et le cinéma; pratique un collage amoureux qui va de Chaplin à Browning en passant par Buñuel; mêle le fantastique et le mélo dans un univers baroque. Parfois naïf, ce premier film gagne surtout à ne jamais se faire plus grand que son histoire et à éviter le kitsch qui guette au coin de chaque plan.

Gael Golhen
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:38:00 pm

Entre caméra cachée (des interviews hallucinantes) et pur canular (un combat de lutte à poil dans une salle de congrès remplie de VRP), Borat est une comédie hilarante – de loin le film le plus drôle de l’année – construite sur le modèle des conneries casse-cou tendance Jackass. Éloge d’une débilité fun et décomplexée, le film montre surtout le génie comique d’un acteur qui n’a jamais froid aux yeux (ni aux couilles) et ose tout avec un sens du timing sidérant.

Gael Golhen
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 4:33:00 pm

Avec ses coups de théâtre successifs, son intrigue à double fond et ses manipulations sentimentales, le film lorgne clairement vers les feuilletons de Fritz Lang. Verhoeven s’amuse comme un gosse avec ses uniformes, ses tanks et ses «boches». On frôle parfois le pastiche, mais la mise en scène nerveuse et fluide du Hollandais avale tout et ne laisse jamais le temps au spectateur de se poser des questions. Sauf une: celle de la frontière entre le bien et le mal. Car Black Book est plus qu’un grand huit narratif.

Gael Golhen